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Le lien vers l'observatoire des métiers de la branche - 14 Février 2023

L'observatoire des métiers de la branche est disponible ici :

https://www.observatoire-metiers-banque.fr/

Philippe FOURNIL Emploi - Métiers - Compétences 14 Février 2023

Assurance chômage : Attention danger, hausse de la précarité en vue ! 23 Novembre 2022

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Philippe FOURNIL Emploi - Métiers - Compétences 23 Novembre 2022

Délocalisations : Pour quelques postes de plus ... (interview) - 27 Octobre 2022

 

L'uppercut - 27 Octobre 2022


Pour quelques postes délocalisés de plus …       
En 2022, SGSS, GBSU, DFIN, puis GTPS ont successivement annoncé des suppressions de postes, principalement liées à des délocalisations (1).
«Ce ne sont que quelques dizaines de postes»
met en avant la direction. Nous y voyons une trajectoire exponentielle qui est passée de la délocalisation d’activités à faible valeur ajoutée au transfert de postes d’experts (informatique, analystes, etc). Pour les collègues concernés, c’est le choc, la consternation et la colère.

L’interview que nous avons réalisée n’est qu’une partie de l’onde de choc que les collègues ont partagé.
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CGT SG : Pourriez-vous nous présenter le sujet, dans son contexte, pour lequel vous avez souhaité échanger avec nous ?

Salariée 1 : On nous a annoncé le lundi 20 juin 2022, une nouvelle réorganisation dans notre entité DFIN. Cette annonce a été faite au dernier moment, avant la consultation au CSE des Centraux le 30 juin. Dans cette réorganisation, DFIN va supprimer 70 postes en net pour les délocaliser en Inde, Roumanie et au Maroc.

Salarié 2 : Notre équipe est concernée par la suppression des postes. On ne voyait pas du tout venir le coup même si on savait qu’ayant une partie des activités de l’équipe à l’étranger, le reste des activités partirait mais on se donnait 2 à 3 ans…

Salarié 3 : Après l’annonce, on a eu une réunion. Là le couperet tombe : nos postes sont supprimés et délocalisés.

Salarié 1 : Ils ont bien réfléchi à la question. Ils vont supprimer tous les postes en France et en créer un à Paris pour contrôler le travail délocalisé. Je pense que c’est pour minimiser le risque de passation qui sera sans doute compliqué. Ils auront ainsi quelqu’un qui sécurisera le passage de témoin … du moins pour un certain temps.  Ce qui est difficilement acceptable, c’est qu’à chaque réorganisation, ils (La Direction) disent « qu’ils font ça pour nous les salariés », mais c’est jamais le cas. Pendant toute cette semaine, nous étions complètement sonnés, c’est comme un uppercut, un coup dans un match de boxe.

Salarié 3 : On est dans le brouillard et on se pose plein de questions… Et à la fin de la même semaine, on nous a dit : « Vous allez être invités à visiter l’Agence Centrale, la Salle des Coffres etc… c’est une activité d’équipe qui va souder les liens… ». Le soir, on nous dit d’aller tous boire un coup et il est fortement conseillé d’y assister.  Je trouve ça choquant, entre le coup de massue de l’annonce et le discours de cohésion d’équipe.

Salarié 4 : Cette semaine (la semaine suivant l’annonce NDLR), nos managers locaux se sont enfin décidés à venir nous voir pour discuter de la réorganisation. Encore une fois, ce sont des discours hors-sol, complètement politiques, hyper bateaux : « Vous comprenez la situation, vous n’allez pas rester ici tout le temps…  Prenez ça comme une opportunité… » Au bout d’un moment cela a fini par tous nous agacer.

Salarié 5 : Nous avons dit aux managers que si c’est pour avoir une discussion creuse, il vaut mieux arrêter la conversation. Nous avons également dit que nous savons que les activités vont être délocalisées tôt ou tard et qu’on devra trouver un autre poste etc… mais c’est surtout la manière dont cela a été fait qui nous pose un grand problème.

Salariée 1 : Nous travaillons ensemble dans le service depuis très longtemps, environ 10 ans pour les plus anciens dans le service. Au bout de 10 ans, on ne peut pas imaginer que la hiérarchie nous traite de cette manière. De nombreux liens ont été tissés au cours de toutes ces années. Il était, pour nous, inconcevable que les managers nous aient tenus à l’écart jusqu’à la dernière minute de cette réorganisation. Nos managers se sont réfugiés derrière le fait qu’ils ont reçu des consignes venant d’en haut pour ne rien dire. Ils nous ont laissés tomber comme ça, sans qu’on s’y attende, c’est le plus terrible… Vous ne pouvez même pas imaginer l’effet que cela nous a fait. J’avais juste envie de leur dire : « Vous (les Managers) travaillez pendant 10 ans avec des collègues et vous les laissez aller dans le mur sans même vous retourner ».

Salarié 5 : Les Managers nous ont ensuite dit qu’« ils ont fait en sorte que nous ayons le temps, jusqu’à la fin de l’année, pour nous retourner ». On les a immédiatement interrompus en leur disant « Ne donnez pas une médaille à qui ne le mérite pas ! Si vous nous avez donné jusqu’à la fin de l’année c’est que vous estimez que le passage de témoin nécessite ce temps. Il ne faut pas inverser la situation en disant que c’est un service qu’on nous rend». 
Nous leur avons également demandé comment le changement de situation va se dérouler, si nous pouvions chercher tout de suite du travail. Ils nous disent que non, qu’il faut attendre octobre (après la consultation des IRP), et surtout que c’est seulement après avoir formé nos remplaçants que nous pourrons partir. Nous leur avons dit que la situation va être très compliquée, compte tenu de la fusion avec Crédit du Nord et des milliers de salariés à reclasser à partir de janvier, et dans ce cadre, certains postes vont être préemptés.

Pour les Managers la feuille de route est claire et ils nous disent : « Vous formez vos remplaçants et après vous serez sortants. Si au 31 décembre 2022, vous n’avez rien trouvé, ce n’est pas grave, on ne vous mettra pas la pression ». Un ramassis de mensonges !
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Salarié 4 : Ensuite, ils (les managers) nous ont parlé de tableaux de formation de façon à organiser le transfert des connaissances, définir la cible et le suivi etc… Ils pensent qu’ils nous ont convaincus avec leurs discours tout faits, ils sont en train de préparer la suite. Je pense que la seule crainte qu’ils ont, c’est que le transfert de connaissance ne se passe pas correctement, que les salariés décident de ne pas former les remplaçants. C’est ça leur vrai problème.

Pour les managers, ça y est, on a vidé nos sacs, tout le monde est content et on repartait ! On passe au plan de formation etc... Ce qui est clair, c’est que l’aspect humain dans tout ça, c’est zéro !

Par-dessus tout, ce qui est plus blessant, c’est que notre supérieur est arrivé depuis un an, il ne s’est jamais présenté, je ne connaissais pas ce Monsieur. Le seul moment où il est venu nous voir c’est pour nous dire que c’est fini et qu’on nous accompagnera si besoin.

Salarié 3 : L’aspect humain dans cette boite, il y en a de moins en moins mais je ne pensais pas que les gens avec qui j’ai travaillé tant de temps, par peur, par ambition ou je ne sais quoi, rentreraient dans le moule, et c’est ce qui est le plus dur à avaler.

CGT SG : Vous avez également évoqué une rencontre de DFIN, avec un point sur l’actualité et les résultats trimestriels du Groupe, à laquelle vous aviez assisté et que vous aviez trouvé qu’il y avait un décalage entre l’ambiance, les discours pendant cette rencontre et l’annonce de délocalisation chez DFIN.

Salarié 2 : C’est le All Staff DFIN/MAR, c’est un point trimestriel dans lequel on fait le point sur les activités et les résultats. Concernant ces derniers, ils ont annoncé que le premier trimestre a été bon et que le second serait dans la continuité. Ils (la Direction) ont ajouté ensuite que : Par conséquent, les mesures d’économie de coût annoncées en 2021 chez DFIN ne seraient plus d’actualité.  De plus, compte tenu du niveau de l’inflation, le bénéfice dans la recherche de réduction de coûts ne serait pas important. Nous (la Direction) avons mis à côté pour l’instant ce type de projet etc…

Nous avons assisté à la réunion à distance tout en travaillant et nous n’avons pas percuté de suite. C’est seulement plus tard, lorsque nos Managers de proximité nous ont dit « Avez-vous bien entendu ce qu’ils ont dit ? Ils ont dit que les réductions de coûts ne sont plus d’actualité !». C’est notre propre hiérarchie qui nous avait fait remarquer la contradiction entre ce que nous avons entendu et notre situation réelle. Ils n’ont pas dit un seul mot sur la réorganisation. Ils ont parlé du mécénat, de la situation du handicap. Aucun mot pour les 82 postes supprimés chez DFIN.

Salarié 5 : Ce décalage nous a fait du mal ! Ce grand-écart d’écho … ils étaient tous là à se féliciter sur les bénéfices, presqu’à se taper sur le ventre. Et nous étions là, comme sur une autre planète, à écouter leurs débilités.

Salariée 1 : Concernant la façon de communiquer sur le projet, il semblerait que les managers de proximité ont été mis au courant quelques jours avant nous. Certains ne seraient pas d’accord sur la manière de faire la communication. Ils (les Managers de proximité) auraient été convoqués par leurs hiérarchie et RH qui leur auraient indiqué la façon dont ils devaient passer la communication.

Salarié 4 : Sur les aspects pratiques, le fait de nous demander de former des personnes qui vont prendre notre travail est pour moi, physiquement difficile. Je ne suis pas de mauvaise foi, mais c’est une situation qui m’est extrêmement pénible. Rien que d’y penser, cela me met en colère !

D’ailleurs, nous ne savons même pas comment vont se passer nos reclassements, comment nous allons faire nos tâches au quotidien et préparer les formations. Quand vont-ils nous laisser partir dans notre mobilité etc ?

CGT SG : C’est une constante d’observer que les salariés concernés par des projets de réorganisation n’ont pas les informations utiles. Parfois ils ont même des informations qui sont contraires à un accord ou aux engagements que nous avons obtenus de la Direction. Dans votre projet qui est axé sur des suppressions de postes pour délocalisation, il existe des engagements de la Direction, engagements que nous devons rappeler à chaque réorganisation pour que le droit des salariés soit respecté. Je peux vous les rappeler rapidement :

Aucun transfert ne peut avoir lieu avant que le salarié concerné ait trouvé un poste pérenne. La mobilité pour tous les collaborateurs concernés est au début de la mise en œuvre du projet. Dès qu’un salarié concerné trouve un poste qui lui convient, il peut quitter son poste actuel quel que soit l’état d’avancement de la délocalisation de son activité. Les objectifs (PDP) des salariés concernés doivent être revus pour tenir compte des charges supplémentaires dues aux changements de situation. Plus particulièrement, les salariés doivent avoir le temps nécessaire accordé pour la recherche du nouveau poste, pour les entretiens et réunions, rédaction des procédures, actions de formation, etc. Ainsi que pour faire toutes démarches utiles à leur reclassement. La Direction a prévu du personnel temporaire pour faire face à d’éventuels pics d’activité. Si les salariés sont responsables pour la rédaction des procédures, la validation incombe aux managers. Les salariés n’ont pas à traduire des documents en anglais ou autres langues. Les traductions en langues étrangères sont sous la responsabilité de la Direction.

(Note : L’ensemble de ces points a été rappelé à la direction de DFIN. Mme DUMAS a apporté la garantie qu’ils seront respectés lors de la mise en œuvre, voir notre compte rendu de la séance du CSE du 30 juin)

Salarié 3 : Je comprends bien ce que vous me dites par rapport au personnel temporaire mais la nature de nos activités est particulièrement complexe, on prendrait plus de temps à former le personnel temporaire que les réaliser nous-mêmes, que faire dans ce cas ?

CGT SG : C’est un point que vous devrez aborder avec vos managers, il se peut que votre activité comporte des risques lors du transfert, mais ce sont des risques que la direction doit porter lorsqu’elle décide de délocaliser une activité. Mais surtout ce n’est pas à vous de supporter ce risque.

En cas de difficulté à vous faire entendre, n’hésitez pas à nous solliciter car ce n’est pas parce que des accords existent qu’ils sont bien appliqués automatiquement. C’est encore plus vrai pour des engagements obtenus de la direction.
Ce n’est pas parce qu’une loi est bien écrite qu’elle est bien appliquée. Et ce n’est pas parce que le code de la route dit qu’il faut s’arrêter aux feux rouges, que tout le monde le fait…         
Dans l’entreprise, pour faire appliquer les accords et respecter des engagements, nous sommes là.

 
 (1) Dfin : consultation 30/06, - 82 postes, 71 délocalisés  ;   GBSU: consultation 11/07, -71 postes, 25 délocalisés   ;   Gtps : consultation 19/10 csec, info 26/10 centraux : 69 suppressions nettes (79-10), délocalisés 70 postes (12 Varsovie, 11 Bucarest, 47 Chennai) ; SGSS consultation 25/05

[Voir Aussi : Délocalisation de GTPS/GFL et GTPS/OPE - réunion du 4 avril - courrier et engagements de la direction ]
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Philippe FOURNIL Emploi - Métiers - Compétences 27 Octobre 2022

De Charybde en Scylla ( Interview de Cassandra, cadre fidèle et bosseuse ) - 13 Mars 2024

 

Cadre ... à une poignée de main du boss - 13 Mars 2024


 

Après les plans de réorganisations Visions 2025, Ithaque, Mikado, Tangram, Homère, Pléiade … et maintenant, Athena :
Le passage de Cassandra (cadre à une poignée de mains du patron de BU, ultra bosseuse, fidèle depuis 20 ans) …

 

... DE CHARYBDE EN SCYLLA

 

La CGT-SG : En préparant notre échange, nous n’avons pas convenu de thème spécifique. Quelle est ta perception de la transition Frédéric Oudéa - Slawomir Krupa et ce qui t’a le plus marqué depuis l’arrivée du nouveau PDG en 2023.

Cassandra : Ça fait plus de 20 ans que je suis à la Société Générale. J'avais fait de l'intérim avant mais c’était mon premier CDI. J'ai alors eu la chance et la malchance de connaître les bonnes années qui précédaient l’affaire Kerviel et puis les suivantes. Il y a «un avant» et «un après» Kerviel. Depuis, j'ai l'impression d'être sur une pente descendante qui ne s’arrête jamais. Et à tous les niveaux : des conditions de travail jusqu’à la rémunération. Ensuite toutes ces petites choses comme la dégradation de la cantine, la qualité des blocs notes et des stylos, l’entretien des toilettes, etc .… Enfin, c'est la dégradation de toutes ces petites choses qui, cumulées ensemble, font que j’ai vraiment l'impression de travailler dans une boîte qui meurt à petit feu, et surtout on ne voit pas quand cela va s'arrêter, ni comment. L’arrivée du nouveau DG n’a pas permis de rompre avec cette situation et d’amorcer un virage vers une issue positive. C’est pour l’instant, un comme un rendez-vous loupé. C’est ce constat que je voulais partager.

En 2022/2023, quand on a su que F. Oudéa allait partir et qu'on ne connaissait pas encore le nom du nouveau DG, à titre personnel, j'espérais, à la limite, que ça soit quelqu'un de l'extérieur pour casser le cycle infernal dans lequel on se trouvait. J’espérais un véritable renouveau avec un «Outsider» qui rompt avec ces 15 dernières années, qui nous motive, qui soit super punchy et qui nous dise un truc du genre : «C’a été dur, mais maintenant on va y aller et on va tout déchirer !». Une personne que tu as envie de suivre, un battant qui te donne envie d’assurer.

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Jusqu’à présent, c’est la grosse déception ! c’est la même logique de gouvernance que l’ancien DG.  Tant qu'il n’était pas à la manette, je me disais qu’il aurait peut-être de bonnes idées. Il avait peut-être suffisamment d’énergie et de vison pour nous motiver, mais cela fait presqu’un an et c’est la désillusion.

Pour le moment je ne vois rien d’autre que des mesures pour réduire les coûts. Pour moi, c’est un mauvais message envoyé aux salariés qui attendent une rupture et qui ne voient que la continuité de l’ère Oudéa et des cost Killers.

Le problème c’est qu’il y a eu de nombreux plans de réductions de coûts sans pour autant avoir constaté un bénéfice pour les salariés restants (action en berne, image de l’entreprise dégradée en interne et en externe …).

Les réductions de coûts sont d’abord celles réalisées sur de l'humain. La Société Générale est une entreprise de services donc c'est essentiellement de l'humain, directement ou indirectement. Directement lorsqu’on supprime des postes ou indirectement comme lorsqu’ils ont réduit l’investissement via les outils IT.

De mon point de vue, je passe trop de temps à comprendre la source des données que les données en elles-mêmes. Il faut réinvestir dans la qualité des données en amont pour améliorer la qualité des analyses. Donc il y a un souci, car avec une politique basée uniquement sur la réduction des coûts comme on le voit à la SG depuis des années, in fine, je dis bien in fine, la qualité du travail est de plus en plus dégradée, soit en raison d’un manque de motivation (lié à l’absence de revalorisation salariale) soit en raison du manque de performance des outils mis à notre disposition. Je ne vois pas l'intérêt d’en arriver là.

[Depuis l’interview, les réorganisations de RESG et de DFIN – notamment - ont été présentées : cf ici]

A force de réduire les équipes opérationnelles, j'ai l'impression qu'on est dans une pyramide inversée. Normalement, une pyramide est constituée d’une base large et solide. Dans l’entreprise, c’est ce socle qui est constitué de centaines et milliers d’opérationnels travaillant chaque jour. Avec tous ces plans depuis plus de 10 ans, la direction ne cesse de grignoter cette base. En revanche, ceux qui sont en haut de cette pyramide sont bien installés ; eux ils restent mais concrètement ils ne font pas de production. Dans ma vision, à terme cela ne tient plus, et l’entreprise se fissure.

Au-delà des mauvaises conditions de travail, nous subissons en tant que salariés de la Société Générale, une très mauvaise image depuis l’affaire Kerviel. Et ça ne nous aide pas !

REDONNER ... DU SENS
La CGT-SG : Et en interne, d’après toi, quelle image les salariés ont-ils de l’entreprise ?

Cassandra : En interne aussi, l’image a été aussi bien abîmée. Je pense qu’on n’a plus cette fierté de travailler à la Société Générale.

Pour ma part, j'ai l'impression de faire du taylorisme, de travailler sur une chaîne d'usine. Chacun a sa micro tâche. Et dès qu'il y a un souci sur la chaîne, personne ne sait à qui s'adresser. Parce qu’entre les délocalisations à Bangalore, à Bucarest ou n'importe où ailleurs et l’absence de vue d’ensemble, on est complètement déboussolés, lorsque la chaîne s’enraye. Il faut parfois aller « toquer physiquement à une porte » pour régler certains problèmes. Mais quand l’activité est à Bangalore ou Bucarest, et que tu ne connais même pas le nom de la personne, tu as juste une boite mail générique, là, t’es un peu coincé. Dans ce genre de situation, personne ne se sent vraiment responsable du problème donc personne ne le prend en charge et, tu restes avec ton problème non réglé ou partiellement réglé.


... DES PERSPECTIVES
CGT-SG : Concernant la stratégie de la SG, de l'ère Oudéa à l’heure de Krupa, comment perçois-tu la trajectoire de la SG ?

Cassandra : C’est une grande question et je ne m'y connais pas assez pour donner une vision construite. Néanmoins, je constate que depuis plusieurs années l’organisation est tournée vers le déclin et non vers une stratégie de conquête (comme par exemple la vente de LYXOR qui était, pour moi, un joli fleuron). J'ai l'impression qu'on est en train de « déshabiller » totalement l’entreprise. Soi-disant, « nous nous recentrons sur notre cœur de métiers ».

... DES LIMITES
CGT-SG : Et selon toi, c’est quoi le « cœur de métier » de la SG ?

Cassandra : Les activités de SG sont composées de la finance de marché, du réseau bancaire France et à l’internationale. Toutes ces activités ont connu des contractions importantes à travers des multiples réorganisations et des désengagements dont les derniers en date concernent nos activités bancaires en Afrique. Mais en même temps, on a aussi connu des investissements importants comme l’acquisition de LEASEPLAN... C’est à dire dans le secteur de la voiture ! Mais on n’est pas Peugeot. Demain, on va investir dans quoi ? … La direction nous parle de nos cœurs de métiers mais je ne comprends pas en quoi l’acquisition de LEASEPLAN est au cœur de notre métier de banquier.

INCARNER L’AVENIR
CGT-SG : Tu ne sais pas vers où on veut aller mais tu disais au début de l’entretien qu’on est en dégringolade sans fin.
Cassandra : Oui cela semble sans fin ! Est-ce que notre objectif final, c’est de revendre le Groupe et d’être absorbé par une autre banque européenne ou américaine ?

CGT-SG : Tout à l’heure tu exprimais ton envie d’un leader avec un vrai projet à la tête de la SG.
Cassandra : Pour moi, un DG, c’est avant tout un leader, un entraîneur : il doit être moteur d’une vision.

Notre nouveau PDG, s’est-il réellement présenté aux salariés ? Je n’en ai pas le souvenir. Présenter en tant que personne, je veux dire.

Il a présenté sa vision de l'entreprise. Mais il nous manque un « storyboard », un truc en plus sur sa personnalité (des soft skills) qui nous donne envie de le suivre. A ce niveau-là, il faut être capable de motiver ses troupes !

Je me compare souvent à un soldat qu'on envoie au front, il faut me donner de bons arguments pour que je me batte à fond.
Je suis désolée, si l’image est galvaudée voire exagérée mais je voulais simplement dire qu’il nous faut une histoire qui nous donne envie de nous dire « We can do it ! ». C’est ça que j’attendais de la personne qui allait remplacer F. Oudéa. Mais malheureusement avec l’arrivée de S. Krupa, il n’y a pas eu ce grand remplacement (le rendez-vous loupé dont je parlais).


DÉPASSER LE PASSÉ
CGT-SG : En démarrant notre discussion, tu avais parlé d’un avant et d’un après Kerviel en termes d’ambiance de travail, comme s’il constituait un point d’inflexion dans la trajectoire de la SG.

Cassandra : Avant Kerviel, les salariés avaient des augmentations systématiques tous les ans. Tu avais des grandes soirées organisées pour les salariés. On avait pas mal d’occasions pour passer de bons moments entre collègues, des petits déjeuners improvisés, la galette, et des tas de petits événements… Des petites choses de la vie qui soudent une équipe. Bien entendu, cela coïncidait avec une période de croissance importante de l’entreprise. On avait une véritable émulsion dans la banque avec une multitude de projets de développement. 

On se sentait un peu les rois du monde. Peut-être un peu trop alors …  On avait une véritable envie de croissance, une envie de gagner de l'argent. Nous n’étions pas en mode survie comme aujourd’hui.

Puis il y a eu l'affaire Kerviel. Dans un premier temps, il a fallu absorber le choc d’une extrême violence. Ensuite, plus le temps a passé, plus j’avais cette impression que l’on n'arrivait pas à se relever ; comme un boxeur qui s’est pris une bonne droite.  Cette droite qui t’envoie au tapis et même si tu te relèves, tu continues de chanceler et tu continues de prendre des coups …

PRÉPARER L’AVENIR
CGT-SG : Selon toi, quel est bilan des différents plans de réorganisations de la SG.
Cassandra : Je ne sais pas trop mais si on se fie aux marchés, ça ne semble pas trop fonctionner, et la preuve c'est que le cours de l'action ne remonte pas. Et c'est pour ça que je suis très déçue de la nouvelle façon de communiquer du nouveau DG parce qu’il reste dans la même continuité que son prédécesseur.

CGT-SG : L’ image semble pertinente, celle de la SG en boxeur chancelant, les coups reçus symbolisés par les plans sociaux et les cours de bourse en tant qu’indicateur de santé.  Je voudrais qu’on aborde la question des rémunérations, comment vois-tu l’évolution de ces dernières années ?
Cassandra : Si je regarde les coûts salariaux globaux de la banque, je constate qu’ils augmentent. Je me pose la question : à qui sont versées ces augmentations ? en tout cas, pas à moi car en ce qui me concerne, depuis plusieurs années, je n’ai pas été augmentée (malgré un changement de poste).  C’est compliqué dans ce cadre-là d’être motivée.

Que faire pour faire corriger cette situation ? La RH te fait comprendre que si tu n’es pas content tu peux partir. Mais les 150 000 salariés de la SG ne peuvent pas s’en aller d’un coup. Le groupe SG n’investit pas sur ceux qui connaissent bien l’entreprise. C’est pourtant eux qui comprennent le mieux le système d’information et les rouages de fonctionnement. Les anciens ont absorbé toute cette complexité multiple au fil des années et c’est ça qui permet un bon fonctionnement.

Par ailleurs, il y a aussi la délocalisation et je ne suis pas convaincue que cela a été un réel gain pour l’entreprise : ni en termes d’économie de salaires, ni en termes de productivité. J’ai compris que les salaires avaient explosé en Inde avec un gros turnover (formation de plusieurs mois pour que la personne reste 2 ans max puis rebelote, on forme à nouveau… dans ce contexte la qualité ne peut pas rester stable) ... in fine c’est le client de la SG qui trinque.

FINIR “LE JOUR SANS FIN”
CGT-SG : Il y a un autre facteur, le déséquilibre entre la distribution de dividendes, les investissements et les rémunérations. Tu as parlé tout à l'heure des attentes en termes d'approche personnelle de Slawomir. Krupa, attente déçue car ses premières actions ont été d’annoncer un nouveau plan d’économie de 947 suppressions de postes dans les Services Centraux Parisiens le 5 février dernier. Tu disais également que ce qui est difficile pour toi c’est de ne pas voir de fin.
Cassandra : « Un jour sans fin » … En fait, d’un côté, j’espérais un sursaut avec l'arrivée d’un nouveau DG. Mais en même temps, au fond de moi, je n'attendais rien parce que cela fait longtemps que nous sommes dans une lente agonie.

Aujourd’hui, je suis complètement résignée et niveau personnel, je ne vois pas vraiment de perspective dans cette entreprise.

Néanmoins, Il faut être lucide ce n’est pas le bagne ici. Nous sommes en France, dans une grande entreprise... donc même si ça dégrade lentement, on continue à rester.

Mais, ma relation avec la SG ressemble un peu à celle d’un vieux couple. On se dit qu’on va faire des efforts et que ça va aller mieux mais en fait, ça ne va pas mieux. Mais tu ne divorces pas pour autant. Il faut parfois un évènement brutal pour qu'il y ait une motivation à vraiment changer/partir. Mais quand ça se dégrade lentement, doucement, alors tu finis par ne plus voir ce délabrement ...

ETRE JUSTES
CGT-SG : Et puis il y a l'âge…
Cassandra : Oui clairement, il ne faut pas se mentir ! A 50 ans tu es considéré comme vieux dans le monde de l’entreprise mais le monde a changé. A cet âge, nous sommes nombreux à avoir encore de jeunes enfants et puis la retraite n’est pas prévue avant 65-67 ans. L'ancienne génération, à 50 ans, leurs enfants avaient 25 ans, ils commençaient à travailler, leur crédit immobilier était remboursé. Nous, on a encore des enfants à élever, un crédit et parfois des parents âgés à gérer.

VENDRE DU REVE
CGT-SG : On va faire maintenant un peu de science-fiction, comment vois-tu une direction idéale pour la SG ?
Cassandra : J’ai envie que la SG renaisse de ses cendres comme le phœnix ... Dans un monde idéal, j’aimerais que les gens me disent, « Tu as de la chance de travailler pour la SG, j’aimerai venir bosser dans ta boîte ! ». Aujourd’hui, j’entends plutôt : « Oh ma pauvre, j’ai appris dans la presse que la SG va supprimer 1000 postes…ça va toi ?». Je n’ai pas envie que les gens me plaignent.

J’aimerai avoir un DG à la Steve Job avec une méga ambition (pas un truc au rabais), un DG qui nous organise un truc monumental (type grosse fête) pour redonner une énergie, une envie, créer une sorte de communion qui rappellerait les valeurs du Groupe (Équipe, Responsabilité).



CONSTRUIRE L’AVENIR
CGT-SG : Attention !    
L'élection des représentants des salariés au conseil d'administration peut paraitre éloignée de la défense des intérêts des salariés et de leurs préoccupations quotidiennes.

Pourtant, c'est bien en son sein que sont prises les décisions que nous aurons à subir ou auxquelles nous devrons nous opposer pendant les 4 prochaines années !           
Le choix des 2 représentants des salariés est donc déterminant !  
La CGT n'a pas de double discours et nos positions sont cohérentes du local jusqu'au sein du conseil d'administration !

Il reste jusqu'à lundi 18 Mars 14h00 (fermeture du scrutin) pour faire le choix et le bon !     
#OnCompteSurVous! 

Sur le site de vote ( https://vote5.slib.com/ca-sg ), vous pourrez voter depuis votre téléphone portable, tablette ou ordinateur personnel et également sur votre laptop nova. 
Nous vous invitons évidemment à voter (et faire voter) pour la liste CGT selon votre collège (TMB ou cadre).  #On compte sur vous

En cas de difficultés techniques, de codes oubliés ou perdus, vous pouvez contacter le 0567316710 du 12 au 17 mars  (9H00/18h00 - sauf week end) et le 18 mars (jusqu'à 14h00)

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