Impact suspension de la réforme des retraites sur les dispositifs de fin de carrière SG (réponse de la direction à la CGT, copie tous les syndicats)
De : HRCO SSA Envoyé : mercredi 9 septembre 2026 14:18 À : CGT
Objet : RE: Impact suspension de la réforme des retraites sur les dispositifs de fin de carrière SG
Bonjour Monsieur FOURNIL,
Nous faisons suite à votre message du 4 aout relatif aux conséquences de la suspension de la réforme des retraites sur les dispositifs de fin de carrière.
La position de Société Générale ne résulte pas d'une nouvelle interprétation des accords applicables, mais de l'application des dispositions existantes compte tenu de l'évolution du cadre légal.
Les dispositifs de fin de carrière reposent sur l'engagement du salarié à liquider sa retraite dès qu'il remplit les conditions lui permettant de bénéficier d'une retraite sécurité sociale à taux plein. Dès lors que la suspension de la réforme des retraites avance cette date pour certains salariés, les dates de sortie des dispositifs doivent être adaptées en conséquence, et nous souhaitons être le plus précis et le plus transparent vis-à-vis des salariés sur le respect de cette échéance.
Cette approche est cohérente avec celle retenue lors de la réforme des retraites de 2023, lorsque les salariés concernés avaient été maintenus dans les dispositifs jusqu'à leur nouvelle date d'accès à la retraite à taux plein.
Par ailleurs, les avenants individuels doivent être lus en cohérence avec les accords collectifs auxquels ils se réfèrent. Les dates figurant dans ces avenants ont été déterminées en fonction de la réglementation applicable au moment de leur signature et sont, par nature, susceptibles d'évoluer en fonction des modifications législatives intervenant pendant la durée du dispositif.
Concernant la disposition de l'accord Emploi 2025 prévoyant que les avenants ne sont ni remis en cause ni modifiés, elle est totalement respectée en ce qu’elle garantit le maintien du bénéfice des dispositifs pour les salariés déjà engagés sans remettre en cause les conditions conventionnelles de sortie liées à l'obtention de la retraite à taux plein et de tous les éléments relatifs aux conditions d’application de ces mesures.
Enfin, nous restons particulièrement attentifs aux éventuelles difficultés administratives rencontrées par certains salariés concernés et avons adapté le dispositif afin de leur laisser des délais suffisants pour effectuer leurs démarches auprès de la CNAV.
Bien cordialement,
Juriste Droit Social
HRCO/SSA/CJS
De : CGT Envoyé : mardi 4 août 2026 16:59 À : DIRECTION
Objet : RE: Impact suspension de la réforme des retraites sur les dispositifs de fin de carrière SG
Bonjour,
Je fais suite au mail du 1er juillet (ci-dessous), notre réponse du 24 juillet et celui d’Alexandra KOOTSTRA du 28 juillet sur les impacts de la suspension de la réforme des retraites sur les dispositifs de fin de carrière SG.
Pour ce qui nous concerne, nous ne pouvons partager votre interprétation – unilatérale - des accords et avenants successifs sur cette question.
Et je vous demande de bien vouloir suspendre cette décision.
En effet, si nous avons toujours eu des discussions lors d’éventuels allongements de la durée de vie au travail et du report de l’âge du départ à la retraite à taux plein, nous n’avons jamais eu d’échanges sur le report de la réforme des retraites (à laquelle pas grand monde ne croyait lors des négociations…même si, pour la CGT, nous exigions son abrogation). Il n’y a donc pas de dispositifs écrits qui tranchent cette question dans ce cas de figure précis.
Si la SG peut se féliciter d’avoir contribué financièrement lors du report de l’âge de départ à la retraite (jusqu’à la signature de l’accord de décembre 2025) pour ne pas pénaliser les collègues concernés, les différents accords et avenants stipulaient bien en substance qu’ »en cas de modifications de la législation impactant les salariés, la direction réunirait les syndicats pour examiner avec eux les conséquences».
Nous sommes précisément dans ce cas de figure et nous demandons cette rencontre avant d’envisager les scenarii 2 et 3, qui feraient perdre des mensualités aux salariés concernés.
Enfin, je réitère ce qu’écrivait Catherine Lejeune au nom de la CGT SG le 24 juillet, l’accord emploi 2025 stipule en page 36 que :
« Les salariés bénéficiant d’un mi-temps senior ou congé de fin de carrière au titre de l’accord Emploi 2019 et de ses avenants, ne verront pas leur avenant au contrat de travail ni remis en cause, ni modifié».
Les avenants signés individuellement à l’époque dans ce cadre actait une date qui peut s’avérer plus avantageuse pour les salariés concernés.
Dans l’attente de votre réponse sur cette demande, pourriez-vous nous communiquer le nombre de collègues qui sont, parmi les 400 cités dans le mail du 1er juillet, potentiellement concernés par les scenarii 2 et 3 ?
Par avance, merci.
Cordialement,
Philippe Fournil Délégué national de la CGT SG
De : HRCO SSA Envoyé : mardi 28 juillet 2026 10:31 À : TOUS LES SYNDICATS
Objet : RE: Impact suspension de la réforme des retraites sur les dispositifs de fin de carrière SG
Mesdames, Messieurs,
Nous faisons suite à notre précédent email concernant l’impact de la suspension de la réforme des retraites sur les dispositifs de fin de carrière SG.
Soucieux des difficultés qui nous ont été remontées concernant les délais de la CNAV, nous vous informons avoir adapté le processus mis en place afin qu’il n’y ait pas d’interruption injustifiée entre la dernière rémunération versée par Société Générale et le versement de la pension de retraite sécurité sociale.
Dès lors, Société Générale permet aux salariés concernés de bénéficier d’un délai de 5 mois pour effectuer les démarches retraite, ce qui correspond à une date plancher fixée au 1er janvier 2027 (envoi du 1er courrier : 6 juillet 2026 - 6 décembre 2026). Trois situations sont à distinguer :
- Situation 1 : Si la date initiale de retraite sécurité sociale taux plein se situe avant le 1er janvier 2027 et que la nouvelle date taux plein se situe également avant cette date, le salarié conservera sa date initiale de fin de dispositif – autrement dit nous permettons au salarié de rester dans le dispositif jusqu’à la date qui était prévue sans changement.
- Situation 2 : Si la date initiale de retraite sécurité sociale taux plein se situe après le 1er janvier 2027 et que la nouvelle date taux plein se situe avant le 1er janvier 2027, la date de liquidation demandée sera le 1er janvier 2027 (date « plancher » permettant de garantir un délai de 5 mois à partir de l’envoi du premier courrier).
- Situation 3 : Pour les salariés dont la nouvelle date théorique se situe au 1er janvier 2027 ou postérieurement, la date retenue reste leur nouvelle date de taux plein.
Par ailleurs, nous vous prions de trouver ci-joint, pour votre information, le courrier de relance qui sera adressé dès le 3 août aux collaborateurs ne nous ayant pas encore contactés.
Bien cordialement,
Juriste Droit Social
HRCO/SSA/CJS
De : CGT Envoyé : vendredi 24 juillet 2026 13:12 À : HRCO SSA
Objet : Suspension de la réforme des retraites et ses conséquences
Bonjour Madame ,
Des salariés, actuellement en CFC ou mi-temps sénior au titre de l’accord emploi 2019 et touchés de fait par la suspension de la réforme des retraites, s’interrogent suite à un courrier qui leur a été adressé dernièrement.
En effet, Société Générale les incite (oblige) à partir beaucoup plus tôt que la date de leur retraite à taux plein prévue dans l’avenant qu’ils ont signé et ce, en leur imposant une date de départ anticipée.
Même si la suspension de la réforme prévoit un départ anticipé, les délais de traitement avec la CNAV ne se faisant pas en moins de 6 mois, cette situation va, pour certains, les priver de revenus jusqu’à leur retraite à taux plein. Pour exemple, une date de sortie au 31 août a été évoquée. Société Générale est-elle prête à combler le manque à gagner si la CNAV n’a pas traité le dossier en temps et en heure ? Notamment en période de congés d’été où un traitement en 1 mois est plus qu’utopique ?
Pour information, il a même été indiqué à une salariée que l’IFC compensera ce manque à gagner !!!!
Pour terminer, je me permets de rappeler que l’accord emploi 2025 stipule en page 36 que :
« Les salariés bénéficiant d’un mi-temps senior ou congé de fin de carrière au titre de l’accord Emploi 2019 et de ses avenants, ne verront pas leur avenant au contrat de travail ni remis en cause, ni modifié».
Société Générale va donc à l’encontre de ce qui est indiqué dans l’accord et ne respecte pas ses dispositions.
Je vous remercie par avance de bien vouloir vous assurer que chaque salarié, relevant de l’accord emploi 2019, ne soit pas contraint et forcé de partir avant la date prévue dans leur avenant CFC ou mi-temps senior.
Bien cordialement
Déléguée syndicale des SCP
De : HRCO SSA Envoyé : mercredi 1 juillet 2026 10:21 À : TOUS LES SYNDICATS
Objet : Impact suspension de la réforme des retraites sur les dispositifs de fin de carrière SG
Mesdames, Messieurs,
Nous souhaitons partager avec vous les implications sur les différents dispositifs internes de fin de carrière résultant de la suspension de la réforme des retraites de 2023 prévue dans le cadre de la loi de financement de la sécurité sociale de 2026 (Cf 1.), ainsi que leurs modalités opérationnelles (Cf. 2.)
1. Les implications de cette suspension sur les dispositifs internes de fin de carrière
- La suspension de la réforme des retraites applicable au plus tôt au 1er septembre 2026 conduit à une diminution de l’âge minimum et/ou du nombre de trimestres nécessaires à la liquidation de la retraite sécurité sociale à taux plein. Les assurés potentiellement concernés relèvent des générations 1964 à 1970 (Cf. nouvelles règles expliquées sur le site de l’Assurance Retraite: Loi de financement de la Sécurité sociale adoptée : découvrez les principales mesures retraite) ;
- Il en découle que des salariés actuellement dans les dispositifs internes de fin de carrière (Transition d’activité, Mi-temps senior, Congé fin de carrière et Temps partiel de fin de carrière) verront leur première date de liquidation retraite sécurité sociale à taux plein avancée ;
- Or, au regard des dispositions de l’accord Emploi applicable à ces dispositifs, un salarié Société Générale ne peut pas être porté, dans un des dispositifs de fin de carrière précité, au-delà de sa date de liquidation de sa retraite sécurité sociale à taux plein – l’une des principales conditions d’éligibilité pour bénéficier d’un des dispositifs précités étant bien de s’engager à partir volontairement à la retraite à cette date ;
- Lors de la réforme des retraites de 2023, Société Générale a maintenu les salariés dans les dispositifs jusqu’à leur nouvelle date de liquidation de leur retraite sécurité sociale à taux plein.
Par conséquent, dans le cadre de cette évolution réglementaire, nous contacterons les salariés, selon les modalités de mises en œuvre précisées ci-dessous, afin que leur date de sortie du dispositif de fin de carrière soit avancée au moment de leur nouvelle date de liquidation retraite sécurité sociale taux plein.
2. Modalités opérationnelles
- Les salariés des générations concernées, avec une date de fin de dispositif postérieure au 1er septembre 2026 (environ 400 collaborateurs), seront contactés, dès début de semaine prochaine, via l’envoi d’un courrier (cf modèle en pièce jointe) déposé dans le coffre-fort électronique, ou par LRAR pour ceux n’en ayant pas. Une relance sera réalisée le mois suivant.
- Les salariés contactés devront transmettre à Société Générale via une boite mail générique l’estimation retraite et le relevé de carrière du site de Info Retraite.
Un mode d’emploi pour télécharger ces documents sera transmis en annexe du courrier adressé aux salariés.
- A la lecture de ces documents, les équipes administratives notifieront aux salariés leur nouvelle date de sortie du dispositif de fin de carrière. Afin de permettre la bonne gestion des dossiers par les équipes administratives, et de prioriser les départs les plus proches, les courriers à destination des salariés seront adressés par vague :
§ 1ère vague : Dès Juillet 2026 pour les salariés avec une date initiale de sortie du dispositif comprise entre le 1er décembre 2026 et le 1er juin 2027.
· Par exception, les salariés ayant une date initiale au 1er décembre 2026 pourraient être portés dans le dispositif jusqu’au 1er octobre 2026 maximum afin de tenir compte du délai de traitement CNAV et sous réserve de démontrer que les démarches de liquidation retraite sont en cours.
§ 2ème vague : Septembre 2026 - date à confirmer en fonction du délai du traitement des équipes administratives- pour les salariés avec une date initiale de sortie du dispositif comprise entre le 1er juillet 2027 et le 1er décembre 2027.
§ 3ème vague : Décembre 2026 - date à confirmer en fonction du délai du traitement des équipes administratives- pour les salariés avec une date initiale de sortie du dispositif égale ou supérieure au 1er janvier 2028.
Nous sommes à votre disposition pour tout échange sur ce sujet,
Bien cordialement,
Responsable du service Réglementaire et négociations sociales
La finance mondiale menacée par l’IA : le gendarme financier international lance un avertissement
Dans une lettre adressée aux ministres des Finances et aux gouverneurs de banques centrales du G20, le président du Financial Stability Board (FSB) alerte sur l’émergence de modèles d’IA de pointe qui pourraient menacer la stabilité financière et la croissance économique mondiale. Andrew Bailey, président du Financial Stability Board (FSB), l’organisme international de surveillance financière, a adressé une lettre aux ministres des Finances et aux gouverneurs de banques centrales du G20. Dans cette lettre, M. Bailey alerte sur l’émergence de modèles d’IA de pointe menaçant potentiellement la stabilité financière et la croissance économique mondiale. Heureusement, des solutions sont aussi mises en avant.
Modèle d’IA de pointe : un risque pour la stabilité de la finance mondiale
Dans un texte long de trois pages, Andrew Bailey alerte sur « l’émergence des modèles d’IA de pointe, qui démontrent des capacités d’autonomie et de résolution de problèmes de plus en plus sophistiquées, ainsi que des capacités accrues en matière de menaces ». Pour être plus précis, le président du FSB lie ces modèles d’IA de pointe à de potentielles cyberattaques menées contre des institutions financières, tout en soulignant les répercussions internationales que celles-ci pourraient avoir. Il explique : « Les risques associés à l’IA de pointe ne respecteront pas les frontières nationales. Le système financier mondial est fortement interconnecté et une perturbation cyber peut se propager entre différentes juridictions par l’intermédiaire de fournisseurs technologiques communs, d’infrastructures partagées et d’activités financières transfrontalières ».
Selon Andrew Bailey, certains modèles d’IA de pointe pourraient être capables de « modifier de manière significative la vitesse, l’ampleur et l’économie du risque cyber, ce qui pourrait fragiliser la confiance dans l’ensemble du système financier ». Pour appuyer son propos, le président du FSB souligne notamment qu’un certain nombre d’institutions financières ont recours à des fournisseurs et à des logiciels tiers qui proposent leurs services via le cloud, ce qui peut constituer un point de vulnérabilité face aux cyberattaques.
Autant dire qu’il est difficile de ne pas prendre au sérieux ce message d’alerte. Régulièrement, nous apprenons que des modèles d’IA de pointe sont parvenus à pénétrer des systèmes de sécurité particulièrement bien protégés. Et nous n’allons même pas parler des IA capables d’organiser de manière autonome des cyberattaques, puisque Andrew Bailey mentionne avant tout des attaques planifiées et organisées par des humains.
L’IA pour contrer l’IA
Pour Andrew Bailey, il est dorénavant primordial que les institutions financières se préparent à l’arrivée de modèles d’IA de pointe capables de contourner leurs systèmes de défense. Pour reprendre ses propos, il en va de la stabilité financière mondiale. M. Bailey appelle aussi les juridictions à un déploiement « sûr et responsable » de ces modèles de pointe. Il faut dire que certains fournisseurs d’intelligence artificielle mettent sur le marché des IA et s’étonnent ensuite de leurs capacités, tout en appelant, en catastrophe, à les encadrer juridiquement.
Mais l’avènement des cyberattaques menées par des IA s’accompagne aussi de systèmes de protection bâtis et sécurisés par d’autres IA. Une cyberdéfense adaptée aux nouvelles menaces devrait permettre de mieux protéger la stabilité financière et la croissance économique mondiale. Mais encore faut-il qu’elle soit adoptée par les institutions financières et, surtout, que ces dernières disposent des moyens nécessaires pour la mettre en place.
Les formes modernes d’IA vont bouleverser les tâches cognitives complexes, mais aussi les équilibres macroéconomiques et budgétaires. Une analyse de la chercheuse Axelle Arquié, issue du dernier numéro de L’Economie politique.
le 7 août 2026
Depuis la généralisation de l'IA générative, les jeunes actifs de 22 à 25 ans dans les professions les plus exposées ont subi une baisse relative de l'emploi de 16 %.
Dès la naissance de l’intelligence artificielle (IA) en tant que discipline de recherche, dans les années 1950, deux paradigmes s’affrontent, avec des implications très différentes sur le type de travail pouvant être automatisé.
Le premier repose sur l’IA symbolique : un système de règles logiques codées exhaustivement, apportant une réponse prédéfinie à chaque situation, mais incapable de gérer l’inattendu. Les limites à l’automatisation du travail étaient alors très nettes : toute tâche demandant un degré d’improvisation était préservée.
Le second, l’apprentissage automatique (machine learning), vise à doter les machines d’une capacité à apprendre à partir d’exemples ou d’interactions avec l’environnement (sous forme d’essais-erreurs), plutôt qu’une programmation exhaustive. La rigidité du premier modèle finit par le condamner face à la complexité du monde réel au profit d’un second paradigme, l’IA connexionniste, qui exige une masse de données alors indisponible et se heurte aux limites de l’époque en termes de puissance de calcul.
L’explosion de l’IA connexionniste s’est amorcée dans les années 2010, avec la montée en puissance des capacités de calcul et l’explosion des données disponibles, rendant l’apprentissage machine possible à grande échelle.
Cette aptitude à automatiser des tâches intellectuelles à haute valeur ajoutée amorce une recomposition profonde des équilibres économiques
En 2017, l’architecture des Transformers, mise au point par des ingénieurs de Google, bouleverse le traitement automatique du langage : au lieu de traiter le texte séquentiellement, mot après mot, le mécanisme d’attention traite l’ensemble des mots simultanément, en parallèle. Cette percée confère aux algorithmes une aptitude inédite à produire des textes fluides et cohérents, jetant les bases de l’IA générative telle qu’on la connaît aujourd’hui. Dès lors, une capacité émergente à l’improvisation couplée à une maîtrise du langage repousse la frontière de l’automatisation.
Cette aptitude à automatiser des tâches intellectuelles à haute valeur ajoutée, qui constitue l’essence même du travail d’une classe sociale entière, amorce une recomposition profonde des équilibres économiques, susceptible de remettre en cause les rapports historiques entre capital et travail.
Pour appréhender cette bascule, cet article s’attachera d’abord à décrypter la nature technique de cette révolution, puis mettra en lumière ses conséquences néo-tayloristes sur le travail cognitif. Nous analyserons ensuite comment ce choc sur le marché du travail risque d’engendrer un effet de ciseau budgétaire, avant d’esquisser les pistes d’une fiscalité de l’automatisation.
Anatomie de la révolution : les mécanismes sous-jacents
Examinons d’abord les fondements techniques de ces systèmes, car on ne peut comprendre les rapports sociaux sans comprendre l’outil de production. Les grands modèles de langage (LLM), dont ChatGPT est l’exemple le plus connu, prédisent le prochain fragment textuel d’une séquence. Pour être analysés, les textes sont découpés en unités élémentaires appelées tokens (« jetons », portions de mots ou de caractères), et le modèle s’entraîne à prédire le token suivant dans ses « données d’entraînement ». Les portions de milliards de phrases sont masquées et le modèle apprend à les reconstituer : c’est la phase d’entraînement.
Pour cela, les corpus textuels (presse, ouvrages, forums, cours en ligne) sont convertis en représentations mathématiques (embeddings) : chaque token est encodé dans un espace mathématique qui reflète sa proximité avec les autres. Le système ajuste successivement ses paramètres internes, les « poids », pour minimiser l’écart entre ses prédictions et les séquences effectivement observées dans les données. Ce processus itératif lui permet d’extraire les régularités sous-jacentes : conventions grammaticales, associations sémantiques, enchaînements argumentatifs, registres stylistiques et tonalités (ironie, emphase, etc.).
Les systèmes d’IA actuels, aussi impressionnants soient-ils, demeurent des intelligences étroites
Cette architecture s’est depuis étendue bien au-delà du texte : les modèles dits multimodaux encodent images, sons et vidéos dans un espace mathématique commun où ils deviennent comparables et combinables, permettant au modèle de les traiter conjointement. Un modèle multimodal peut ainsi analyser une radio médicale, interpréter un graphique financier ou transcrire une réunion audio, élargissant le spectre des tâches cognitives automatisables au-delà des seules professions traitant du texte.
Pour autant, les systèmes d’IA actuels, aussi impressionnants soient-ils, demeurent des intelligences étroites. Les LLM ne disposent pas de la versatilité cognitive propre aux humains : leur fonctionnement autorégressif consiste essentiellement à appliquer des régularités statistiques apprises lors de l’entraînement, sans véritable compréhension conceptuelle, notamment causale.
Ils peinent à résoudre des problèmes « hors distribution », dépassant la combinaison d’éléments présents dans leurs données d’entraînement. Ils souffrent du phénomène d’hallucination : ils peuvent fabriquer des informations inexistantes (recommander un ouvrage fictif, citer un article académique imaginaire, fabriquer une jurisprudence). Ces failles constituent, pour l’heure, des limites tangibles à l’automatisation.
Le terme « IA agentique » désigne une architecture combinant plusieurs LLM qui leur confèrent une certaine autonomie et les connecte à des outils externes : moteurs de recherche, bases de données, tableurs, messageries, interfaces de réservation. Plutôt que de répondre à une question isolée, un agent peut enchaîner de lui-même plusieurs étapes.
Un agent chargé d’organiser un déplacement professionnel pourrait ainsi interroger des sites de transport, comparer des disponibilités, réserver et envoyer une confirmation, sans intervention humaine à chaque étape. Pour cela, il s’appuie sur une mémoire externe : l’historique de ses actions, les documents pertinents et les résultats intermédiaires ne sont pas stockés dans le modèle lui-même, mais récupérés dynamiquement et réinjectés à chaque étape dans son contexte de travail. C’est le principe dit de la génération augmentée par récupération (ou RAG) : le modèle ne « sait » pas, il consulte, à la façon d’un collaborateur qui rouvre le dossier avant chaque réunion plutôt que de tout mémoriser.
Nous sommes donc encore loin d’une véritable mémoire de qualité humaine qui permettrait de garder l’ensemble d’un projet pluriannuel à l’esprit. Outre cette limite en termes de mémoire, deux autres freins ralentiront l’automatisation. D’abord, les coûts d’inférence (c’est-à-dire la consultation des différents LLM) sont susceptibles d’exploser dans le cadre d’une architecture complexe multipliant les appels entre modèles.
Ensuite, l’explicabilité des modèles demeure partielle : les laboratoires cherchent à rendre auditables et interprétables des décisions illisibles pour un esprit humain. Or, sans capacité à expliquer et vérifier la logique d’une décision prise par une IA (la fameuse « boîte noire »), les entreprises hésiteront à lui confier des tâches critiques.
Si l’IA agentique étend le périmètre d’action des LLM, passant de la réponse ponctuelle à l’exécution de flux de travail entiers, le soubassement technologique demeure identique et ces systèmes ne franchissent pas le seuil de l’IA générale.
C’est précisément parce que l’IA « ne comprend pas », au sens causal, ce qu’elle produit, qu’elle nécessite une supervision humaine constante. Cette limite technique ouvre la voie à une dégradation du travail majeure : l’émergence d’un « taylorisme cognitif », où le travail intellectuel se réduirait à la vérification de productions algorithmiques.
Le choc de l’IA sur l’emploi : déqualification, substitution et rapport de force salarial
Les LLM permettent d’automatiser des tâches qui, pour un humain, exigent un raisonnement. Le fait que ces modèles raisonnent véritablement ou non est subsidiaire du point de vue du salarié : seul importe le fait que certaines des tâches qui leur demandent un raisonnement puissent désormais être automatisées. Or, en résultera une transformation de la nature même du travail intellectuel.
Juan Sebastián Carbonell, dans son récent ouvrage, Un taylorisme augmenté [2025], évoque ainsi la possibilité de voir émerger une parcellisation du travail cognitif. Confrontées à des modèles puissants mais encore imparfaits, les entreprises pourraient décomposer les processus cognitifs complexes en tâches confiées à des IA, chacune nécessitant une validation humaine : vérifier un résumé, reformuler un paragraphe, corriger un contrat.
Cette transformation pourrait annoncer, pour reprendre la terminologie de Bernard Stiegler [2012], un troisième stade de la prolétarisation, décrite comme la dépossession progressive des individus de leurs savoir-faire par leur « extériorisation » dans des supports techniques. Après la perte des savoir-faire ouvriers au XIXe siècle quand la machine industrielle absorba les gestes, puis la perte des savoir-vivre au XXe siècle quand le marketing de masse uniformisa et dicta les modes d’existence, ce sont désormais les savoirs théoriques qui sont menacés d’extériorisation, d’abord par l’informatique, désormais par l’IA générative.
Dans ce nouveau monde, un juriste d’entreprise ne ferait plus que relire des documents générés automatiquement. Un consultant en stratégie se bornerait à valider des rapports produits par des modèles. Un chercheur verrait son rôle réduit à trier des hypothèses générées par IA. Les salariés deviendraient des « superviseurs de machines » au lieu d’être des professionnels exerçant un raisonnement complexe. Cette dégradation fragiliserait le sens du travail.
Mais ce taylorisme cognitif amputerait aussi le pouvoir de négociation des travailleurs : des salariés plus facilement substituables pèsent moins dans le rapport de force salarial. Et cette pression serait redoublée par la menace de destruction nette d’emplois. Historiquement, la technologie a supprimé certaines tâches par automatisation (substitution), mais a également généré de nouvelles tâches dans lesquelles le travail humain conserve un avantage comparatif (complémentarité).
Lors de la première phase de la révolution industrielle britannique, les technologies de substitution ont dominé, engendrant ce que l’historien Robert Allen [2009] a baptisé l’« Engels’ Pause » : pendant près de soixante ans, le PIB par habitant progressait rapidement tandis que les salaires réels stagnaient, les gains de la croissance allant quasi exclusivement aux détenteurs du capital. Les métiers à tisser mécaniques en sont l’illustration la plus emblématique : les salaires réels des tisserands manuels s’effondrent de moitié entre 1806 et les années 1820, alors que des centaines de milliers de travailleurs dépendaient encore de ce métier.
La seconde phase de la révolution industrielle, portée par l’électrification, les chemins de fer et la chimie industrielle aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Allemagne, s’est caractérisée par une plus forte complémentarité et a inversé la dynamique : elle a généré de nouveaux métiers (ingénieurs, mécaniciens, opérateurs de réseaux), et une redistribution progressive des gains de productivité vers les salaires. Mais cette correction n’était pas inscrite dans une loi économique immuable : elle a résulté de luttes sociales [Acemoglu et Johnson, 2023].
D’autres vagues d’innovation ont, de la même façon, fait émerger des métiers entièrement inédits : les informaticiens nés de la révolution numérique, les data scientists portés par l’essor du big data par exemple. L’impact de l’IA sur l’emploi dépendra ainsi largement du rapport entre ces deux dynamiques : l’automatisation de tâches existantes d’une part (substitution), l’émergence de nouvelles tâches (complémentarité) d’autre part.
Cependant, même dans le scénario optimiste d’un rééquilibrage du marché du travail, les périodes de transition sont difficiles : lors de la plus récente phase de désindustrialisation, les travailleurs licenciés se sont difficilement reconvertis et ont souvent subi une dégradation durable de leurs revenus. Ces périodes de transition sont coûteuses humainement, mais aussi politiquement.
L’exposition à la robotisation elle-même, et non au seul commerce, est ainsi liée à la progression des partis d’extrême droite en Europe [Milner, 2021]. Mais, si le risque d’une déstabilisation du marché du travail, porteur d’effets politiques pour l’ensemble de la population, existe en théorie, s’est-il matérialisé dans les faits ?
Les effets mesurés de l’IA sur l’emploi
Les effets au niveau agrégé ne sont pas perceptibles à ce jour. Deux études portant sur l’ensemble du marché du travail américain convergent vers ce constat : Yale Budget Lab [Gimbel et al., 2025] et Anthropic [2026] ne décèlent aucune perturbation notable de l’emploi ou du taux de chômage depuis le lancement de ChatGPT. Cette dernière étude souligne en outre que l’IA est loin d’avoir atteint son potentiel de substitution théorique : l’exposition réelle, mesurée par les usages effectifs sur les plates-formes, constituerait seulement une fraction de ce que les capacités techniques permettraient – ce qu’il faut toutefois interpréter avec prudence, Anthropic étant à la fois constructeur des modèles évalués et auteur de l’étude.
Ces résultats agrégés ne signifient nullement que l’IA générative n’aura pas, à terme, d’effets macroéconomiques. La véritable rupture ne viendra probablement pas des LLM ou des modèles multimodaux utilisés de manière isolée, mais des systèmes agentiques capables d’agir de façon autonome, en enchaînant plusieurs étapes à travers des flux de travail entiers. Or l’IA agentique en est encore à ses balbutiements : seul un tiers des grandes entreprises a lancé des projets, exploratoires, dans ce domaine [McKinsey, 2025].
Les analyses microéconomiques françaises dont nous disposons souffrent d’une double limite [par exemple, Aghion et al., 2025]. La première est temporelle : les données administratives disponibles (DADS-DSN) dataient d’avant le lancement de ChatGPT en novembre 2022. Ainsi, ces études ne portent pas sur l’IA générative. La seconde est méthodologique : ces études montraient que les entreprises adoptant l’IA pré-IA générative embauchaient davantage. Mais la date de l’adoption n’est pas aléatoire : les entreprises les plus performantes adoptent en premier les technologies et gagnent des parts de marché sur leurs concurrentes, qui, elles, sont susceptibles de réduire leurs effectifs en proportion. La corrélation positive observée au niveau de la firme adoptante peut donc être compensée par des destructions d’emplois chez les perdantes, rendant l’effet net sur l’emploi sectoriel total incertain, voire nul. Ce mécanisme a par exemple été documenté en France pour la robotique industrielle [Acemoglu et al., 2020].
Il importe de souligner que cet argument ne s’inverse pas. Lorsque des études plus récentes documentent une moindre embauche dans les entreprises adoptantes relativement aux non-adoptantes, le mécanisme de compensation est cette fois absent : si les adoptantes embauchent moins malgré leurs gains de parts de marché, c’est que la technologie réduit le besoin en main-d’œuvre par unité produite. Soit un effet qui ne génère en principe pas d’embauches compensatrices chez les concurrents.
Les données les plus solides proviennent actuellement des Etats-Unis. Une première étude [Brynjolfsson et al., 2025, révisée en 2026], s’appuie sur des données mensuelles récentes. Depuis la généralisation de l’IA générative, les jeunes actifs de 22 à 25 ans dans les professions les plus exposées ont subi une baisse relative de l’emploi de 16 %, même après contrôle des chocs propres aux entreprises et sans que les évolutions des taux d’intérêt puissent expliquer cette tendance. A l’inverse, l’emploi est resté stable, voire a continué de progresser pour les travailleurs plus expérimentés.
Ces résultats doivent être interprétés avec prudence : les auteurs ne revendiquent pas une causalité pure, notamment car les professions les plus exposées sont concentrées dans les secteurs des services professionnels et de l’information (conseil, finance, développement logiciel, etc.). Or, ces secteurs avaient connu une rupture historique de leurs recrutements (à la hausse) durant la pandémie de Covid-19 ; la baisse actuelle pourrait donc refléter, en partie, une normalisation post-crise.
Une seconde étude [Hosseini Maassoum et Lichtinger, 2025] confirme ces résultats par une approche différente, moins sujette à cette critique. En ciblant l’analyse au niveau de l’entreprise plutôt que de la profession, les chercheurs peuvent comparer des entreprises similaires, isolant ainsi l’effet de l’IA des chocs purement sectoriels. Les chercheurs identifient les entreprises « adoptantes » via leurs offres d’emploi sur LinkedIn pour des postes d’intégrateur IA, et constatent qu’à partir du premier trimestre 2023, l’emploi des juniors dans ces entreprises décline relativement aux non-adoptantes.
Concernant les salaires, une étude récente met en évidence des pressions à la baisse sur les rémunérations des travailleurs juniors et intermédiaires : dans les entreprises exposées à l’IA, les salaires ont reculé de 4,5 % en moyenne après le lancement de ChatGPT, avec une baisse de 6,3 % pour les postes juniors et de 5,9 % pour les postes intermédiaires, tandis que les rémunérations des profils seniors se sont maintenues, voire ont progressé [Giné et al., 2026].
La convergence de ces études suggère un phénomène précoce robuste : les premiers effets de l’IA générative se manifestent avant tout par une non-création de postes juniors et par des modérations salariales, plutôt que par des destructions massives d’emplois. Cette dynamique ne préjuge pas que seuls les juniors seront affectés à terme : il est simplement plus aisé de d’abord geler les recrutements plutôt que de procéder à des licenciements d’employés plus seniors, le temps que la technologie mûrisse.
Dès lors, face au développement encore naissant d’une technologie qui pourrait créer un choc sur le marché du travail, il est nécessaire de chercher à anticiper les effets à venir, plutôt que d’attendre qu’ils se matérialisent pour les mesurer ex post – lorsqu’il sera trop tard. C’est l’objectif des études prospectives. Le département Global Investment Research de Goldman Sachs [Briggs et Dong, 2026] estime que l’IA pourrait à terme automatiser 25 % des heures travaillées dans l’économie américaine, ce qui se traduirait, en phase de transition, par le déplacement de 6 à 7 % des emplois. Si la part du travail dans la valeur ajoutée venait à chuter dans ces proportions, le financement de notre contrat social, historiquement adossé au travail salarié, serait menacé.
Anticiper le choc budgétaire
Les destructions d’emplois de cols blancs pourraient menacer la soutenabilité des finances publiques. D’un côté, la destruction d’emplois bien rémunérés entraînerait une contraction simultanée de l’impôt sur le revenu, des cotisations (d’autant plus forte que les emplois de cadres paient à taux plein) et de la TVA induite par une baisse de la consommation des ménages touchés par le choc. De l’autre, l’accroissement du chômage entraînerait une hausse des dépenses d’indemnisation.
En France, la masse salariale du secteur privé constitue près de 70 % de l’assiette des cotisations sociales (Urssaf, 2025). A titre d’exemple, un calcul brut (et statique) montre qu’avec un taux moyen de prélèvement d’environ 45 % et une élasticité quasi unitaire (selon les modèles de l’Insee), un recul de 6 % de la masse salariale privée – hypothèse conservatrice cohérente avec les estimations de Goldman Sachs pour les emplois supprimés – pourrait se traduire par une perte de recettes de cotisations de l’ordre de 18 à 20 milliards d’euros, montant légèrement supérieur au déficit actuel de la Sécurité sociale (15,3 milliards d’euros en 2024).
Et ce, avant même de comptabiliser les pertes d’impôt sur le revenu et de TVA, et la hausse des dépenses d’indemnisation. L’effet ciseau ne serait pas une dégradation marginale : il rendrait intenable une trajectoire financière déjà fragilisée. Cependant, pour un calcul complet, il faudrait également prendre en compte des effets d’équilibre général, notamment un potentiel effet positif sur les finances publiques du fait d’une hausse des profits des entreprises devenues plus productives grâce à l’automatisation.
Si les gains de productivité induits par l’IA augmentent suffisamment la base fiscale globale (bénéfices des entreprises, consommation des ménages), les systèmes sociaux pourraient être financés sans fiscalité spécifique sur l’automatisation.
Mais cette thèse repose cependant sur des conditions que rien ne garantit aujourd’hui : que les gains soient suffisamment distribués pour ne pas être captés exclusivement par les détenteurs de capital, que la vitesse de la transition soit compatible avec une réembauche rapide des travailleurs déplacés leur permettant de maintenir leur consommation, et que les emplois créés soient de niveau de rémunération comparable aux emplois détruits (et en nombre équivalent), condition décisive dans un système où la protection sociale repose structurellement sur les cotisations des hauts revenus du travail. C’est précisément lorsque ces conditions ne sont pas réunies que les instruments que nous allons esquisser pourraient trouver leur justification.
Avant toute chose, soulignons que le cadre actuel crée un biais d’automatisation : il existe une distorsion fiscale entre capital et travail, à la faveur du premier [Acemoglu et al., 2020, pour les Etats-Unis]. Le travail humain est ainsi soumis à des charges sociales, tandis que les dépenses d’IA, qu’il s’agisse d’abonnements SaaS (Software as a Service, « logiciel en tant que service ») ou d’appels d’API, déductibles comme charges d’exploitation, ou de logiciels acquis, amortissables fiscalement ne supportent pas de contribution équivalente. Cette asymétrie oriente mécaniquement les décisions d’investissement vers l’automatisation.
Le principe directeur d’un rééquilibrage pourrait consister à taxer la rente d’automatisation, c’est-à-dire le surplus dégagé par les entreprises lorsqu’elles remplacent du travail humain par du capital numérique, plutôt que de la subventionner, Il s’agirait alors de concevoir une taxe dont le montant serait le « miroir » des cotisations sociales que l’entreprise aurait dû payer si elle avait employé un humain pour accomplir la même tâche, avec pour objectif le maintien du financement des systèmes sociaux [Abbott et Bogenschneider, 2018]. Il s’agirait de cibler les seuls usages substituant effectivement du travail humain, à l’exclusion des usages potentiels d’augmentation de la productivité ou de création de tâches nouvelles. Cette distinction étant difficile à opérer en pratique, tout dispositif concret constituera une approximation.
Une première piste pourrait chercher ainsi à déceler une automatisation « excessive ». Elle pourrait par exemple consister à moduler le taux d’imposition sur les bénéfices en fonction de la part des salaires dans la valeur ajoutée. Une entreprise dont ce ratio baisserait sous un seuil critique, défini par secteur, et qui serait le signal comptable d’une automatisation intensive, se verrait appliquer un taux majoré. Mais la difficulté à estimer ce seuil sectoriel de déclenchement, théorique, rendrait très probablement ce dispositif trop complexe en pratique.
Une seconde piste, plus pragmatique, viserait plutôt les utilisations des modèles. Il s’agirait d’appliquer une contribution spécifique aux factures d’achat de services d’IA : abonnements SaaS, appels d’API. Ces dépenses, lorsqu’elles sont comptabilisées en charge sous la rubrique « services extérieurs » dans les comptes d’entreprise (mode d’accès dominant à l’IA générative, les licences perpétuelles restant marginales), pourraient être requalifiées en « travail numérique », soumis à un taux de prélèvement aligné sur les charges sociales patronales. Le dispositif ciblerait ainsi par exemple les cabinets de conseil, établissements bancaires, assureurs qui substitueraient l’IA agentique au travail humain, les développeurs de modèles devenant collecteurs de la contribution sans en être redevables.
Une déclinaison technique de ce principe consiste en une taxe portant non pas sur un poste de la comptabilité de l’entreprise mais sur sa consommation de tokens, l’unité élémentaire de calcul sur laquelle repose déjà la facturation des API [Irwin et al., 2026]. Cette taxe token présente l’avantage d’une assiette déjà mesurée et facturée par les fournisseurs eux-mêmes, sans nécessiter de requalification comptable, opération sujette à contentieux.
Ces deux pistes soulèvent une tension commune : dans un régime de concurrence fiscale internationale non coordonnée, toute surtaxation unilatérale de l’usage de l’IA risque de dégrader la compétitivité des entreprises françaises. On pourrait penser contourner ce problème en ciblant les flux de consommation des détenteurs de capital, puisque la consommation est plus difficile à délocaliser.
Mais cette approche se heurte à deux limites structurelles : les détenteurs de capital n’en consomment qu’une fraction, et une part croissante de leur patrimoine se transmet entre générations sans jamais être dépensée, hors d’atteinte de toute TVA. Une piste plus robuste consiste donc à cibler le capital lui-même.
Aux Etats-Unis, les sénateurs Bernie Sanders et Ro Khanna ont déposé, en mars 2026, le Make Billionaires Pay Their Fair Share Act, prévoyant une taxe annuelle de 5 % sur les patrimoines supérieurs à un milliard de dollars. Si les gains de l’automatisation se concentrent structurellement dans le patrimoine d’un petit nombre de détenteurs de capital, fondateurs et actionnaires des grandes plates-formes IA, une taxe sur les super-patrimoines reviendrait indirectement à taxer la rente d’automatisation à sa source finale. Cette approche se heurte cependant à des obstacles : mobilité internationale des patrimoines ou encore difficultés d’évaluation des actifs non liquides.
Une prise de participation publique directe au capital des entreprises IA, ou Universal Basic Capital (UBC), pourrait alors être envisagée : c’est une solution considérée par les économistes Anton Korinek et Lee M. Lockwood [2026] en cas d’automatisation massive liée à l’émergence d’une IA supra-humaine qui nous dépasserait dans tous les domaines cognitifs, rendant le travail humain superflu. Ce mécanisme pourrait cependant se révéler utile avant que ce point de non-retour ne soit atteint, si une fraction trop importante de la population se retrouvait exclue du marché du travail.
Dans ce type de scénario, la redistribution ne peut alors s’opérer qu’en amont, par la propriété du capital productif lui-même. L’UBC consiste ainsi à doter chaque citoyen d’un portefeuille d’actifs dans les entreprises qui créent la richesse. Chaque citoyen devient ainsi rentier d’une fraction de la valeur créée par l’automatisation, indépendamment de son employabilité : il s’agit d’un droit de propriété individuel et universel, et non d’un simple transfert social. L’Universal Basic Capital présente une limite spécifique.
Si la prise de participation cible les entreprises utilisatrices d’IA (cabinets de conseil, banques, assureurs), elle est juridiquement praticable, ces acteurs étant pour la plupart sous juridiction européenne, mais elle ne capte que la rente aval de l’automatisation, c’est-à-dire le surplus réalisé par les entreprises qui déploient l’IA, et non la rente technologique, qui s’accumule dans les bilans des développeurs de modèles – acteurs en grande partie hors juridiction européenne. La redistribution demeure incomplète.
Pour conclure, en Europe, aucun instrument évoqué ne peut suffire dans le paysage industriel numérique actuel. Les instruments assis sur les dépenses ou les bénéfices des entreprises utilisatrices sont fragilisés par la concurrence fiscale internationale. Les instruments assis sur le capital et les patrimoines, y compris l’UBC, contournent ce problème pour les acteurs sous juridiction européenne, mais restent sans prise sur la rente technologique accumulée hors de cette juridiction. Une fiscalité de l’automatisation suffisamment redistributive et une coordination fiscale internationale dépendent donc d’un rapport de force que seule une industrialisation numérique européenne peut établir.
1. État des Lieux : La Fin du Tabou de l'IA sur l'Emploi
Pendant longtemps, le discours des institutions financières sur l'intelligence artificielle (IA) s'est concentré exclusivement sur l'augmentation des revenus et l'amélioration de l'expérience client. Aujourd'hui, ce tabou s'effondre : l'IA est désormais explicitement liée à la rationalisation des structures de coûts. Si les banques françaises maintiennent une communication prudente, le mouvement de réduction des effectifs est engagé à l'échelle mondiale.
Le secteur sort d'une phase de déni pour entrer dans une ère de "rattrapage de compétitivité". Ce qui était autrefois qualifié de recherche d'efficacité est désormais identifié comme un remplacement de certaines tâches humaines par des algorithmes.
Tableau : Objectifs de réduction d'effectifs et périmètres d'impact (Horizon 2030)
Acteur Bancaire
Objectif Chiffré / Estimation
Périmètre de l'Impact
Standard Chartered
-15 % des postes (env. 7 000)
Uniquement fonctions administratives et centrales
BNP Paribas
-10 % des effectifs mondiaux
Ensemble du groupe (env. 18 000 postes)
HSBC
Jusqu'à 20 000 postes
Cible prioritaire : Middle et Back-offices
Morgan Stanley (Analyse)
212 000 emplois menacés
Secteur bancaire européen (10 % du total)
Le « Secret de Polichinelle » : Si les banques françaises évoquent officiellement des "regroupements d'agences" ou des "départs naturels", l'IA agit en réalité comme le moteur invisible de ces coupes. Elle permet d'absorber la charge de travail sans remplacer les départs, rendant la corrélation entre investissement technologique et réduction de la masse salariale indéniable pour les analystes.
Transition : Derrière ces chiffres macroéconomiques se cache un ciblage chirurgical des fonctions dont les processus s'apparentent à une production industrielle.
2. Le Back-Office et les Risques : Une « Chaîne de Montage » à Automatiser
Le secteur bancaire n'est plus perçu comme un sanctuaire de tâches intellectuelles protégées. David Salomon, président de Goldman Sachs, a imposé une vision industrielle en décrivant certaines opérations bancaires comme une « chaîne de montage humaine » mûre pour l'automatisation. Cette métaphore illustre le passage d'une gestion artisanale à une gestion algorithmique du capital humain à faible valeur ajoutée.
L'IA remplace ainsi l'intervention humaine dans trois domaines critiques :
Fonctions administratives et centrales : Les services informatiques, juridiques et comptables (environ 52 000 personnes chez Standard Chartered) voient leurs tâches de premier niveau automatisées pour doper le revenu par employé.
Gestion des risques et conformité : La systématicité des contrôles réglementaires offre un boulevard à l'IA. À la Société Générale, la réorganisation prévoit la suppression de 1 800 postes d'ici fin 2027, ciblant spécifiquement ces métiers où l'algorithme surpasse l'humain en volume de données traitées.
Évaluations de crédit : L'IA est capable de bâtir des modélisations financières complexes. Toutefois, les régulateurs imposent que ces résultats soient systématiquement vérifiés par des experts pour éviter l'effet "boîte noire".
Transition : Pour piloter cette mutation sans rupture sociale, les directions des ressources humaines activent des leviers de gestion démographique.
3. Les Leviers de Gestion : Taux d'Attrition et Réalité du Réseau
La réduction des effectifs s'opère par une gestion fluide de la masse salariale plutôt que par des licenciements massifs, particulièrement en France où la pression sociale reste forte.
Le levier de l'attrition : Jamie Dimon (JPMorgan) souligne l'importance d'un taux d'attrition annuel de 10 %. Pour une banque de cette taille, cela représente entre 25 000 et 30 000 départs naturels (démissions, retraites) par an, offrant une flexibilité naturelle pour réduire les effectifs sans plans sociaux.
Cette stratégie de "non-remplacement" permet de manoeuvrer sur trois axes :
Le redéploiement interne : Orienter les collaborateurs vers des fonctions à plus forte valeur ajoutée ou vers la gestion des nouveaux outils IA.
L'ajustement des réseaux physiques : En 2025, le paysage bancaire français a vu disparaître 711 sites. Ce déclin témoigne de la fin des "mini-sites" dont la gestion RH est complexe.
La recherche de la taille critique : À l'image de BNP Paribas, l'objectif est désormais de regrouper les équipes pour que la majorité des agences comptent au moins 5 à 7 collaborateurs d'ici 2030, assurant une meilleure expertise client.
Transition : Si les méthodes de réduction convergent, la philosophie d'intégration de l'IA reste un sujet de débat stratégique majeur entre les modèles anglo-saxon et européen.
4. Le Grand Débat : Remplacement Radical vs Enrichissement des Capacités
Philosophie :Remplacement pur du capital humain par le capital financier (Bill Winters, StanChart).
Philosophie :L'IA comme outil d'enrichissement qui ne se substitue pas à l'humain (Olivier Gavalda, Crédit Agricole).
Objectif :Baisser le coefficient d'exploitation de manière drastique (ex: cible de 57 % pour StanChart en 2028).
Objectif :Maintenir la relation de proximité et la valeur de l'expertise humaine.
Vision RH :Suppression d'escadrons de collaborateurs au profit des machines.
Vision RH :Conviction que la technologie ne remplacera jamais la capacité humaine à« saisir l’émotion et le doute ».
Le cadre réglementaire : Les autorités de surveillance (EBA, ACPR) intensifient leur vigilance. Elles exigent que des « banquiers humains » conservent le contrôle final tout au long de la chaîne. En France, l'ACPR sera chargée de vérifier la bonne application du règlement européen sur l'IA, dont l'échéance de mise en conformité est fixée à la fin de l'année 2027.
Transition : Cette mutation redéfinit les compétences attendues pour la nouvelle génération de financiers.
5. Conclusion : Vers le Banquier « Augmenté » et Spécialisé
L'accélération actuelle s'explique par un constat stratégique : les banques françaises accusent cinq ans de retard sur la baisse des coûts par rapport à leurs homologues espagnoles ou italiennes. L'IA est le levier choisi pour combler ce déficit de compétitivité. Pour les juniors, l'enjeu est paradoxal : l'automatisation détruit les tâches de base qui servaient autrefois d'école du métier, les forçant à acquérir une expertise complexe de manière beaucoup plus précoce.
Les 3 enseignements majeurs pour le futur professionnel de la finance :
Hybridation impérative : La survie professionnelle passera par la maîtrise des outils d'IA couplée à une intelligence émotionnelle forte, seul rempart contre l'automatisation.
Rattrapage de compétitivité : Les banques françaises sont dans une phase de transformation forcée pour aligner leur rentabilité sur les standards européens.
Responsabilité de surveillance : Le métier glisse de l'exécution vers la supervision. Le banquier de demain sera avant tout un garant de la validité et de l'éthique des décisions algorithmiques.
Bonjour, Nous vous contactons concernant votre inscription à la formation 149741 - ATELIER PREPARER MES ENTRETIENS DE MOBILITE à laquelle vous devez participer cette année.
Afin que vous puissiez effectuer cette formation, nous vous proposons la prochaine session disponible : - le 27/04/2026, à La Défense–Tour Chassagne-étage D02-Salle D02.220, de 10h00 à 12h00.
Au cas où cette session est disponible pour vous, nous vous prions de faire une demande d’inscription auprès de votre responsable dans votre récapitulatif MyLearning ou de revenir vers nous en cas de soucis et nous allons vous inscrire directement dans l’outil.
Veuillez, s’il vous plaît, noter que l'inscription sera effectuée dans l’ordre de la réception de votre demande, dans la limite des places disponibles.
Nous restons à votre disposition. Cordialement, SG GSC Roumanie Distribution Formation