VIRAGE SOCIAL
Le message de Slawomir Krupa le 10 février dernier avait confirmé ce que nous pressentions tous : le baromètre employeur s’est effondré en 2025, et c’est sans doute ce qui explique la date tardive de sa présentation détaillée aux représentants du personnel et les versions BU/SU aux équipes. Difficile en effet pour les représentants de la direction de faire bonne figure cette année quand les indicateurs essentiels se situent à des niveaux inédits, très en-deçà de la normale du secteur. Il semblerait toutefois que cela ne trouble pas notre directeur général, dont le mail All staff est résumé ainsi par Copilot : «La direction reconnaît les problèmes mais poursuit sa politique sans inflexion, en mettant en avant les performances financières avant les besoins des salariés et des équipes». C’est cette communication absolument dépourvue de la moindre considération pour les salariés qui a fait réagir vos représentants CGT avant même la présentation habituelle de la direction le 18 février. Nous avons appelé à un sursaut de la part de la direction et surtout à une inflexion rapide et majeure de sa politique RH : un virage social clair qui prenne en compte les réalités du terrain.
BOUSCULER LE CALENDRIER
«Il faut bousculer le calendrier social» avons-nous plaidé avec insistance. Ce ne sont pas des discussions générales au sujet du renouvellement de l’accord QVCT (Qualité de Vie et conditions de Travail) qui vont permettre de traiter sérieusement les difficultés sérieuses concernant le télétravail, l’augmentation du stress et de la charge de travail, l’aggravation de la santé mentale (+11 points) et les délocalisations, la mise en place d’un vrai suivi des reclassements etc. La CGT a souligné que chacun de ces points méritait une discussion particulière, nécessaire pour que le baromètre ne soit pas un simple constat de la dégradation inexorable des conditions d’emploi au sein de Société Générale. Et ce ne sont pas des vagues successives de «plans d’actions» (par définition «locaux», donc inadaptés en grande partie et insuffisants en tous cas) qui permettront de sortir du déni. Au contraire, il faut un travail réel sur la charge de travail dans le cadre de la transfo, une inflexion sur le télétravail, un plan de lutte contre le stress, un moratoire sur le offshoring/outsourcing des équipes qui sont censées être en soutien des équipes réorganisées, etc.
LES SYMPTOMES
Cette dégradation est illustrée par la dégringolade des scores dans la partie Engagement/Etat d’esprit du Baromètre. Avec une valeur de 44/100, le score d’engagement n’a jamais été aussi bas, en baisse de 6 points après la légère embellie de l’année précédente. Il est en moyenne de 73/100 chez nos concurrents. Et encore, il est soutenu par des niveaux moins faibles sur des indicateurs comme la fierté ou le sentiment d’accomplissement personnel au travail. Sur des indicateurs comme la recommandation de la SG en tant qu’employeur (39/100, -11 points !), la confiance en la direction (36/100, -1 point) ou l’optimisme concernant son propre avenir au sein du Groupe (27/100, -9 points), les scores sont en chute libre, catastrophiques par rapport à des benchmarks qui tournent autour de 72 ou 73/100. Comme est bien obligée de le reconnaître la direction elle-même, en matière d’état d’esprit «incertitude, fatigue et questionnement dominent».
LE DÉNI
La direction affiche un grand motif de «satisfaction» : vous n’êtes plus que 33% (contre 45% l’an passé) à ne pas connaître suffisamment la stratégie de la direction pour vous prononcer à son sujet. Le seul souci est que cette connaissance a fait grimper les perceptions négatives de 9 points à 31%, contre 36% d’avis positifs. Mais c’était avant l’annonce des restructurations et la signature de l’accord Emploi 2026-2028, qui vont très certainement accentuer les retours mis en avant par les très nombreux verbatims (plus de 17000 contre 11000 en 2024) au sujet de l’organisation du travail : trop de pression, des objectifs inatteignables, une charge de travail trop élevée provoquée par les baisses d’effectifs et les nombreuses réorganisations, sans oublier le choc des annonces au sujet du télétravail. Malgré tout cela, le directeur des relations sociales est resté totalement sourd aux appels de la CGT à ouvrir de vraies discussions sur ces sujets capitaux.
LA MÉTHODE COUÉ
Comme les années précédentes, la direction a préféré mettre en avant la solidarité au sein des équipes - celle qui permet justement de tenir face aux oukases insensés de la direction centrale malgré le manque de moyens souligné par les salariés (45% d’entre vous estiment ne pas disposer des ressources nécessaires pour atteindre leurs objectifs individuels, 6 points de plus qu’en 2024). Le directeur des relations sociales a également insisté sur les efforts qui seront fournis en matière de systèmes et processus, qui sont particulièrement mal perçus par les salariés, démontrant une nouvelle fois que la direction relègue les considérations humaines au second plan alors même que 57% des salariés (+6%) ont le sentiment de subir des changements imposés plutôt que d’en être les acteurs valorisés. Mais tout cela importe peu aux représentants de la direction, pour qui le bonheur au travail passe uniquement par l’efficacité. En apprenant à gérer votre charge de travail grâce à des outils performants, vous serez moins stressés et donc plus heureux. CQFD.
TRAITER LES MAUX A LA RACINE
En attendant, le niveau de stress mesuré ne cesse de progresser année après année alors même qu’il baisse nettement chez nos concurrents : l’écart est désormais d’un point (6,9/10 à la SG contre 5,9/10). Sans surprise, l’écart est également très conséquent en ce qui concerne le bien-être au travail, mesuré à 5,7/10 à la SG contre 7,2/10 à la concurrence (avec 59% des salariés qui mettent une note égale ou inférieure à 6 contre 29% chez nos confrères). Il faut dire que vous n’êtes plus que 67% contre 75% en 2024 à pouvoir équilibrer vos vies professionnelles et personnelles (76% pour le benchmark) et que vous n’êtes plus que 33% contre 44% en 2024 à penser que la SG prend en considération votre santé mentale (contre 66% dans les autres banques). Nous pourrions croire que tout cela correspond à une stratégie délibérée de la direction pour hâter les «départs naturels» qu’elle ne cesse de mettre en avant pour expliquer sa future gestion des restructurations. Ce faisant, elle met de côté l’obligation pour l’employeur de veiller à la santé physique et mentale de ses salariés. Pour reprendre les termes mêmes de la présentation de la direction, voilà « des incertitudes qui pèsent logiquement sur la projection dans l’avenir et le développement professionnel». Concrètement, cela signifie que vous êtes 68% à ne pas voir quelles sont vos perspectives d’avenir dans le Groupe (miroir parfait des 68% qui en ont chez les concurrents), 52% à vous sentir valorisés et reconnus, seulement 50% à vous voir encore travailler dans le Groupe dans 2 ans. La DRH Groupe se frotte les mains, l’attrition naturelle est vraiment bien lancée.
DE RUPTURE EN FRACTURE
Evidemment, ce n’est pas le discours officiel. Ce dernier est bien obligé de reconnaître que les indicateurs sont particulièrement mauvais et annonce la mise en place de «plans d’actions» destinés à les améliorer. Comment donner le moindre poids à ce genre de déclaration, qui se répète d’année en année sans que les conditions s’améliorent ? Pire, depuis l’année dernière, on assiste à une véritable rupture dans la pratique RH, fondée sur une brutalité assumée comme en témoignent les modifications annoncées en matière de télétravail, d’évaluations ou de gestion des restructurations. Comme le dit le directeur des relations sociales, nous sommes dans le cadre «d’une transformation intense qui ne s’appuie pas sur les mêmes fondamentaux que les précédentes». Vous l’aviez tous remarqué. La direction taille à coup de hache dans tout ce qui faisait le pacte social au sein de la SG, indifférente à vos difficultés et à la forte dégradation de vos conditions de travail. Seul lui importe le cours de bourse et les flots d’argent versés aux actionnaires. Il va falloir revoir les fondamentaux. Et vite, avant que la situation sociale explose.