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Pierre Joxe met la fessée à Gattaz, Macron et consorts...

Publié le 30 août 2015 par Front de Gauche Pierre Bénite

Pierre Joxe met la fessée à Gattaz, Macron et consorts...

 

Devant les frondeurs socialistes réunis à Marennes, Pierre Joxe a défendu avec vigueur le code du travail, « accumulation de conquêtes juridiques lentes », ironisant sur le patron du Medef Pierre Gattaz, Emmanuel Macron ou le secrétaire d'État vallsiste Jean-Marie Le Guen. « Si l'on veut entrer dans l'histoire, mieux vaut choisir la bonne porte. » Verbatim.

Pierre Joxe, avocat et plusieurs fois ministre de François Mitterrand et figure socialiste, a répondu à Emmanuel Macron et Pierre Gattaz sur le droit du travail, un sujet qui lui tient à cœur.

Nous publions ici un verbatim de son discours prononcé ce vendredi 28 août à Marennes (Charente-Maritime):

« Édouard Martin [eurodéputé PS lui aussi présent à la tribune] parlait ce matin de syndicalistes brésiliens qui lui disent "tenez bon! l’Europe est notre modèle en matière de droit social".

C’est une leçon très importante. Le droit social est une invention récente. Il n’existait pas au XIXe siècle. Il est né au moment où le capitalisme a développé le salariat et a créé des accidents du travail terribles. Les premières lois de droit social sont des lois de sécurité physique.

Ce droit social est aujourd'hui présenté comme ringard, ou pire, comme un danger. Aujourd’hui, avec les déclarations récentes de Macron, vous êtes servis par les circonstances, on dirait que vous êtes intervenus auprès de lui ! Et quarante-huit heures après, c’est Gattaz! Le patron du Medef a dit que le code du travail fait 3 500 pages. Ce sont des mensonges incroyables : la législation fiscale est infiniment plus lourde et plus complexe, plus compliquée, plus changeante et plus illisible encore que le code du travail. Sous la reliure rouge des éditions Dalloz, avec le titre « Code du travail », est publié chaque année un gros livre qui contient, outre le code du travail, toute une série de notes de jurisprudences, de commentaires. Monsieur Gattaz n’a donc jamais ouvert le code du travail !

Car si on ouvre un code du travail, on découvre ce que je vous dis, ce que tous les syndicalistes savent, ce que tous les conseillers de prud’hommes savent, ce que tous ceux qui travaillent sérieusement le droit savent. Publier des mensonges aussi stupéfiants, c’est un comportement éhonté de la part d’un responsable professionnel.

Pire ! Il a dit : « Je suis heureux de constater qu'un certain consensus est en train d'apparaître parmi les responsables politiques ainsi que d'éminents juristes, de droite comme de gauche, autour de cette nécessaire évolution de notre modèle social vers un modèle économique et social adapté aux nouvelles contraintes du monde d'aujourd'hui. » Quel « consensus historique »? Il est vrai que [Robert] Badinter a publié récemment, hélas, un livre qui me stupéfie d’autant plus qu’il n’a jamais été un spécialiste du droit du travail. « Consensus historique » ? Ce n’est pas rien! Gattaz ajoute : « Le gouvernement qui réglera ce problème entrera dans l’histoire. »

Mais quel problème? Le problème du droit du travail ? Mais le droit du travail, le droit social en général, c’est une accumulation de conquêtes juridiques lentes. La première loi fut la loi sur l’indemnisation des accidents du travail de la fin du XIXe siècle. Ensuite, il y eut le repos hebdomadaire, en 1906, l’année de la création du ministère du travail sous le gouvernement Clemenceau, après la catastrophe de Fourmies où il y eut des centaines de morts. On a sorti 1 000 cadavres, mais on ne saura jamais combien il y a de morts, car beaucoup d’enfants travaillaient sans être déclarés. Le droit du travail est né d’une série de secousses, politiques, sociales, physiques, psychologiques, émotionnelles. 1 000 morts ! À gauche comme à droite, les gens sont secoués ! Lisez les rapports, les discussions à l’Assemblée nationale à l’époque. Et dans les jours suivants, on découvre encore des vivants, on sort vingt-cinq mineurs : la direction de la mine avait arrêté les recherches parce qu’elle voulait sauver les installations au lieu de sauver les derniers survivants.

L’histoire du droit social est faite d'une progression lente, et de reculs parfois, en France, en Angleterre, en Allemagne. Cette longue histoire n’est pas regardée que par nous. Au Brésil, ils connaissent cette histoire. Je vous ai apporté un petit livre, pas cher, la leçon inaugurale du professeur Alain Supiot au Collège de France. Le professeur Supiot écrit une phrase qui mérite d’être méditée : « L’état social n’est pas un monument en péril (…) mais un projet d’avenir poursuivi sous des formes différentes dans tous les grands pays émergents. »

Voilà la réalité du droit social ! (...) Monsieur Gattaz n’a pas l’air de regarder ce qui se passe dans ces pays, ça ne l’intéresse absolument pas. (…) Le droit qui protège la vie des travailleurs, la santé des travailleurs, leurs conditions de vie, leur rémunération, leurs conditions de travail : ce droit se construit sous nos yeux.

En France, on va le détruire sous nos yeux. On ne peut pas laisser des gens plaisanter avec ces choses-là. Dire comme le fait [Jean-Marie] Le Guen, le docteur Le Guen, que « le code du travail est un puissant répulsif à l’emploi » ! Répulsif, c’est un mot scientifique utilisé par les médecins, ou par les vétérinaires d'ailleurs, pour signer une substance qui, par son odeur, écarte les moustiques ou les mouches. Pour le docteur Le Guen, qui tardivement se met enfin à la médecine, le code du travail est un répulsif à l’emploi. Mais quand il était salarié de la Mnef, il n'était pas contre le code du travail !

De cette histoire, nous sommes dépositaires. Nous, la gauche française, tous ses mouvements qui s’entrelacent et parfois s’affrontent : socialistes, communistes, syndicalistes. Nous sommes garants de cette histoire qui est celle de l’humanité. L’aspiration à la sécurité, le sentiment de solidarité, l’impression de responsabilité, ce sont des sentiments humains, qui se développent ou sont entravés par la vie sociale, l’économie, les guerres. (…)

Ne croyez pas que la gauche peut mourir. Non. La gauche ne peut pas mourir. Car les sentiments de solidarité, de compassion, de crainte sont humains et transcendent les siècles. En France, ce n’est pas la première fois que la gauche traverse une phase de division, de dispersion. C’est ainsi depuis un siècle. Depuis la première unification de 1905, minée dès le départ par la faiblesse et la division du mouvement syndical avec la charte d’Amiens... depuis cette époque lointaine et reculée, la gauche passe par des phases de division, d’affrontements, de réconciliations.

Le socialisme s’était unifié en 1905 avec la fusion de différents courants : guesdistes, marxistes, blanquistes, proudhoniens, des syndicats, etc. Jaurès avait réussi ce miracle, mis en cause par quatre événements internationaux successifs, après son assassinat : la guerre de 14, la révolution de 1917, la montée des fascismes, et la deuxième guerre mondiale.

Chaque fois, l’organisation, l’action des forces de gauche, en France comme ailleurs, a été perturbée par ces événements internationaux : division ou union autour de la guerre de 14 ; division ou union face au problème du communisme installé par les bolchéviques, avec la scission du parti socialiste au congrès de Tours ; dispersion du Cartel des gauches après la victoire en 1924, quand le parti radical, grand parti de gauche historique, lui même divisé, commençait à se morceler – et cela ne s’est pas amélioré depuis ; division et rassemblement avec la naissance et la mort du Front populaire ; division pour le choix ou le refus du régime de Vichy, avec un grand nombre de députés de gauche qui ont voté pour les pleins pouvoirs à Pétain, heureusement que certains ont voté contre ; division ou réconciliation à la Libération pour la mise en œuvre partielle ou totale, rapide ou prolongée, du programme du Conseil national de la Résistance, avec tout ce qu’il contenait dans le domaine du droit social ; division évidemment au moment des guerres coloniales et ces crimes qui ont conduit les forces de gauche, la SFIO en particulier, à se diviser, à se subdiviser ; illusion avec Mendès France que la gauche allait se rassembler, réussite du génie tactique de Mitterrand qui parvient à rassembler la gauche sur un programme…

Avec froideur, vu mon âge, mais sans indifférence, vu mon passé, j’observe que la gauche n’a jamais joué son rôle progressiste que dans l’unité. En France, c’est particulièrement difficile. Le rassemblement, quand il s’est fait, s’est fait sur une base programmatique. Le programme est toujours difficile à construire puis à mettre en œuvre. Le rassemblement a toujours été précédé, et accompagné, par des scissions, des fusions, des novations – des clubs, des structures locales. Le rassemblement a toujours été facilité par l’existence de leaders plus ou moins doués. Le rassemblement, cet accord programmatique, a toujours été long à venir, difficile à appliquer, et finalement compliqué.

(…) Mais en tout état de cause, ceux qui entreront dans l’histoire ne sont pas ceux qui tenteront de remettre en cause durablement, dans un pays comme la France, les acquis qui appartiennent à notre histoire. Ceux qui entreront dans l’histoire seront ceux qui feront franchir de nouvelles étapes, soit dans leur pays, soit dans d’autres. Il faudrait le rappeler à Monsieur Gattaz : il y a plusieurs façons d’entrer dans l’histoire. On peut entrer dans l’histoire comme Mitterrand qui a commencé à Vichy, est entré dans la Résistance – c’est nettement mieux – a traversé la Quatrième République – ce n'était pas très long –, a vécu vingt ans dans l’opposition sous la Cinquième République, et a réussi à rassembler la gauche sur la base d'un programme commun, et à faire ce qu’on fait.

Cela vaut mieux que d’entrer dans l’histoire comme ceux qui commencèrent par la SFIO, avant la guerre de 14, naviguèrent ensuite dans le Cartel des gauches, sabotèrent le Front populaire, et finirent à Vichy, on sait comment...

Entrer dans l’histoire, ce n’est pas un but en soi, pas plus que devenir milliardaire. Mais si l'on veut entrer dans l’histoire, mieux vaut choisir la bonne porte. »

 

 

Source: http://fdgpierrebe.over-blog.com/2015/08/pierre-joxe-met-la-fessee-a-gattaz-macron-et-consorts.html?utm_source=_ob_share&utm_medium=_ob_facebook&utm_campaign=_ob_share_auto

Olivier D. Droit du travail - Droit social 31 Août 2015

SMS: Consultation par l'employeur? - Petit commentaire de Roger

Suite aux nombreuses publications sur la possible lecture des SMS par les employeurs, par exemple

 

Les patrons peuvent désormais lire tous les SMS échangés sur les portables professionnels

20/02 | 12:14 | mis à jour à 12:27 | Par Aurelie ABADIE

Selon un arrêt de la Cour de Cassation, l'ensemble des messages envoyés via les portables fournis par l'entreprise sont "présumés avoir un caractère professionnel". Ceux-ci pourront les consulter "pour des motifs légitimes".

C'est une décision dont la jurisprudence va changer la donne pour de nombreux salariés. Dans un arrêt rendu mardi 10 février , la Cour de Cassation qui statuait sur un litige opposant les sociétés de courtage financier Newedge - filiale de la Société Générale - et GFI Securities, a considéré que "les messages écrits ("short message service" ou SMS) envoyés ou reçus par le salarié au moyen du téléphone mis à sa disposition par l'employeur pour les besoins de son travail sont présumés avoir un caractère professionnel, en sorte que l'employeur est en droit de les consulter en dehors de la présence de l'intéressé, sauf s'ils sont identifiés comme étant personnels ".

En clair, si les salariés ne portent pas la mention écrite "personnel" ou "perso" en début de SMS, leur employeur aura un droit de regard sur ceux-ci. Tous ces messages, considérés donc comme à caractère professionnel, peuvent ainsi être consultés et même produits devant la justice "pour des motifs légitimes" - insultes, soupçons de fraude ou violation de clause de confidentialité -, ajoute la haute juridiction qui considère que cela ne contrevient nullement au principe de secret des affaires et de secret professionnel.

Décision semblable sur les mails

"L'utilisation de tels messages par l'employeur ne peut être assimilée à l'enregistrement d'une communication téléphonique privée effectué à l'insu de l'auteur des propos invoqués", tranche ainsi la Cour de Cassation. Une décision semblable à celle qui a été prise il y a deux ans par la haute juridiction sur les emails à caractère privé envoyés via la messagerie professionnelle.

Newedge, elle, est sortie triomphante dans son affaire l'opposant au broker américain GFI Securities. La filiale de la Société Générale avait produit comme preuves des SMS échangés entre ses salariés montrant qu'ils avaient été débauchés par son concurrent. Des preuves irrecevables, avançait la défense de GFI Securities. La Cour de Cassation en a décidé autrement.

Source: http://m.lesechos.fr/economie-france/les-patrons-peuvent-desormais-lire-tous-les-sms-echanges-sur-les-portables-professionnels-0204173930335.htm#

 

 

Voici un commentaire de Roger

Je ne me risqurai pas ici à commenter, approuver ou critiquer ce qui a été dit concernant Newedge et GFI du point de vue de leur litige, ça n'est pas le lieu, mais on se concentrera sur ce que beaucoup ont voulu faire dire à l'arrêt quant aux rapports salariés/employeurs à propos des outils informatiques de l'entreprise.

D'abord il ne s'agit pas d'un arrêt rendu en matière sociale mais en matière commerciale. Qu'une société du groupe y soit impliquée nous le rend certes plus sensible mais ça ne change rien à l'affaire, la cour de cassation a tranché un litige sur les moyens de preuve entre deux sociétés quant aux pratiques de l'une vis à vis de l'autre.
En plus, ce que la cour de cassation avait à déterminer c'était de savoir si Newedge pouvait légitimement demander à un juge l'autorisation de consulter les SMS en question. Cette autorisation judiciaire préalable (à souligner), c'est déjà une nuance de poids entre la décision rendue et les commentaires auxquels elle a donné lieu.

Que beaucoup, journaux, radio et TV s'en soient emparés pour en conclure que, vis à vis de ses salariés, le patron a à peu près tous les droits c'est à la fois dans l'air du temps et une constante de la confrontation entre intérêts opposés, la justice n'en étant qu'un révélateur et nullement une source divine de régulation de ceux-ci, et les médias des hérauts ou des épigones de l'un ou de l'autre des dits intérêts.

Il faut lire l'arrêt et se méfier des commentaires, autant que des commentateurs. D'abord la cour de cassation, qui n'en est pas à son premier arrêt sur l'utilisation personnelle des moyens informatiques appartenant à l'entreprise, considère ceux-ci comme étant, a priori, d'usage professionnel et donc que l'employeur doit tout autant y avoir accès que s'il s'agissait de saucissons ou d'une feuille de classeur. Elle apporte toutefois dans sa décision une nuance de taille, une limite, c'est la légitimité de la curiosité patronale, et c'est là que la nature du litige a toute son importance.
D'autre part elle fournit en quelque sorte une parade en autorisant et protégeant un usage personnel des dits moyens informatiques dès lors que les messages (ici les SMS) sont identifiés comme personnels. En bref, a-t-il été conclu par des professionnels du droit, s'ils commencent par "Personnel" ou "Perso" ils ne sont pas consultables. Il serait prudent de ne pas croire ça comme une garantie absolue, au nom justement de la légitimité invoquée, toutefois ce serait à l'employeur de demander à un juge, et donc de faire la preuve de son bon droit, l'autorisation de consulter cette catégorie de SMS.

Notons, pour ce qui nous concerne, que depuis 2002 existe dans l'entreprise une charte informatique qui pourrait s'étendre chez nous aux SMS commençant par [prv].

Reste maintenant la question de l'illusion que l'attribution de moyens de travail, et l'autorisation plus ou moins explicite d'un usage personnel, peut engendrer quant à l'estompe des frontières entre vie personnelle et vie professionnelle. L'arrêt de cassation replace, juridiquement, les choses dans l'ordre : les rapports dans le travail sont d'abord de subordination et l'employeur ne vous embauche que pour son usage personnel, le droit consacrant cette hiérarchie et visant à la pérenniser.

 

 

Olivier D. Droit du travail - Droit social 27 Février 2015

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